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Résistance citoyenne : le danger est grand à la base

09 juin 2006 - Mercredi 07 juin 2006, à la plus grande surprise de bien des congolais vivant en Belgique, une poignée de chefs traditionnels congolais reçue par le commissaire européen au développement a été visualisée à la Rtbf (radio télévision belge francophone). Commentant cette visite rapidement, la télévision belge aurait soutenu que l’objectif de cette visite de nos chefs traditionnels serait de leur demander de garder la neutralité durant les élections en cours. Certains compatriotes n’ont pas manquer de déceler dans cette visite, à tort ou à raison, un signal fort d’une œuvre qui serait déjà en cours : la vente de nos terres aux marchands du capital. Ce fait anodin fait penser. La Belgique (à travers ses hommes politiques) peut-elle, au nom du soutien qu’elle offre au processus électoral, communiquer à nos chefs traditionnels la position à tenir pendant les élections? Nos chefs traditionnels rendront-ils la monnaie de la pièce aux prochaines élections communales en Belgique? Quelle est la signification de cette politique à sens unique? Et si ces chefs traditionnels venaient signer l’acte de vente de nos terres? Pourquoi les mêmes acteurs politiques belges se retrouvent-ils à tous les niveaux du traitement du dossier congolais? Ces questions et bien d’autres constitueraient aussi la matière à traiter au niveau de nos collectifs et associations. Surtout à la base. La quête commune des réponses à y donner peut être porteuse d’une dynamique de résistance encore insoupçonnée jusqu’à ce jour. Il est plus que temps pour que nous puissions dépasser ces belles images du nègre insouciant, toujours souriant, tendant à devenir, de toutes ses forces, comme « son maître », même au prix de son âme. Et bien de « ces maîtres » en arrivent à se poser la question suivante : « Si ces nègres peuvent vendre leurs âmes et leurs terres pour de la pacotille, qu’avons-nous à nous masturber la conscience quand il faut les mettre dans le coup? A quoi servirait-il d’être plus congolais que les congolais eux-mêmes? » Le jour que nous serons nombreux congolais à vivre des grandes convictions démonétisant l’argent, les honneurs, les apparences, etc. au prix de l’hypothèque de nos cœurs, nos esprits et nos terres, le Congo sera sauvé de la prédation mondialiste. Ce jour-là adviendra à partir de ce que nous aurons entrepris, aujourd’hui, au niveau de nos partis politiques, de nos collectifs et associations interconnectés, pour que la résistance aux forces de la mort soit notre seule raison de vivre. Que les ascètes du provisoire, les tulume tua mukaba, tua kubena tufue lelu, bashala ne balele bakuabo, nous y aide!

Constituer et reconstituer le camp de la résistance

En lisant les médias congolais et plusieurs articles paraissant ces jours-ci sur Internet, il se dégage un constat : beaucoup de compatriotes congolais appellent de tous leurs vœux un dialogue avant la date du 30 juin 2006. Ce dialogue pourrait permettre que les élections aient lieu dans un climat apaisé. Le deuxième constat est le suivant : les forces acquises à la cause du dialogue se comptent aussi bien dans les rangs des partis politiques que dans ceux des associations et collectifs de la société civile. Ces forces auraient même choisi un arbitre, le président congolais Denis Sassou Nguesso. Le RCD/N de Lumbala aurait proposé de prendre en charge la réalisation matérielle de ce dialogue et indiqué l’endroit où il pourrait se tenir.

Là où le camp acquis à la cause du dialogue paraît naïf, c’est quand il estime qu’aller aux élections dans un climat apaisé serait un souhait partagé par le camp du statu quo. Si ce souhait avait été partagé, les objectifs assignés à la transition allaient être atteints. En effet, la transition avait pour mission principale de conduire les fils et filles de notre pays aux élections dans un climat apaisé. Pourquoi cette mission n’a-t-elle pas été réalisée? Il est possible que la non-réalisation de cette mission soit liée à « un agenda caché ». Dans cet ordre d’idées, vouloir que ceux qui, hier, ont disposé de tous les moyens pour que la transition se termine en beauté et qui n’ont rien fait (ou presque rien) aillent s’asseoir à une même table avec ceux qui pourraient leur demander des comptes sur cette transition ratée, c’est une idée chimérique. Si le camp du statu quo accepte de bon cœur le dialogue, il signe son acte de mort : le dialogue peut être révélateur « des choses cachées » depuis le début de la guerre dite de libération. Hélas! Le rêve peut être permis.

Avoir les élections dans un climat apaisé ne sera pas un cadeau. Nous n’avons pas tous les mêmes intérêts. Les maîtres du monde chapeautant la transition par leurs valets interposés tiennent à la marchandisation du monde. Avoir un grand réservoir des matières premières au cœur de l’Afrique est leur plus grand désir. Enjamber les cadavres pour avoir accès à ces ressources ne gênerait en rien ceux et celles qui ont fondé leurs sociétés sur l’accumulation des insignifiances. Dès que dieu-argent règne, les sacrifices doivent lui être offerts; les humains y compris. Donc, pleurer, crier pour que les initiateurs de la Stratégie de la Réduction de la Population (SRP) se transforment en un tour de main en humanistes, c’est faire un mauvais rêve.

La grande solution est celle de l’organisation de la résistance, à mains nues. Le recours à la violence leur donne des ailes; ils ont la gâchette facile. Leurs satellites détectent facilement « les positions ennemis ». Présentement, les forces vives de la nation congolais et les partis politiques acquis à la cause du dialogue peuvent, par eux-mêmes, l’organiser. Ils mettraient le camp du statu quo devant un fait accompli. Ils peuvent organiser ce dialogue et peaufiner des stratégies de lutte en commun pour que demain soit plus beau qu’aujourd’hui. S’ils constituent les 90 % de nos populations, ils n’ont qu’à commencer quelque chose et faire des propositions concrètes de la voie à emprunter pour sortir notre pays du bourbier. L’attentisme ne paiera pas.

La question juridique pourrait se poser : « Qui sont-ils pour prendre cette initiative? » Ou encore : « Comment arriveront-ils à matérialiser leurs propositions ou stratégies? » A la première question, ils diraient tout simplement qu’ils sont congolais, soucieux d’un avenir autre pour leur pays. A la deuxième, ils répondraient que c’est à eux qu’il appartient de trouver ce qu’ils peuvent faire ensemble. Les dénonciations, les critiques et les mobilisations peuvent soutenir des grandes luttes. Mais elles restent inefficaces si elles ne conduisent pas à poser la question du « comment faire » pour échapper à l’opération de capture déclenchée par la machine infernale de la néocolonisation mondialiste. Il ne sert, par exemple, à rien de se plaindre en disant que « les petites mains du capital » et leurs valets congolais ont mobilisé beaucoup de moyens matériels pour gagner d’avance les élections et de se laisser gagner par le sentiment d’impuissance. Un autre abord de cette question serait que le camp acquis au dialogue se retrouve et s’interroge sur les possibilités qui sont les siennes pour ramasser les fonds et résister à l’appât de l’enrichissement facile. Ce camp, avec ses multiples partis politiques, associations et collectifs, ferait un travail en réseaux, sous forme de toile d’araignée et occuperait « localement » le pays. Ce travail se ferait à deux, trois ou quatre niveaux. Son option pour le dialogue au niveau national ne l’empêcherait pas de travailler simultanément et localement au niveau de nos villages, de nos territoires et de nos provinces pour un apprentissage assidu des techniques de résistance au diktat des petits potentats, serviteurs du ventre. En effet, à l’heure où nos chefs traditionnels sont découverts comme les derniers verrous à faire sauter pour que la vente de notre pays se passe sans anicroche, le réarmement éthico-moral et politique, à la base comme au sommet de nos localités devient un service citoyen à assurer à temps et à contretemps. C’est là où l’Internet, le Potentiel, le Phare, la Tempête des tropiques..., sont absents que le risque d’acheter nos terres devient de plus en plus grand.

J.-P. Mbelu

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Revised: June 19, 2006