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16 janvier 2001 : LD Kabila assassiné

Le 16 janvier 2001, le ciel était bleu, et le jet présidentiel était prêt pour le décollage. Car, Mzee Laurent-Désiré Kabila, président de la République démocratique du Congo, devait effecteur un voyage au Cameroun. Mais, avant de prendre l’avion, le chef de l’Etat voulait d’abord expédier quelques dossiers en suspens. C’est ainsi qu’il se mit à accorder des audiences tout au long de la demi-journée.

Après avoir reçu plusieurs délégations et quelques généraux, il finit par accueillir le professeur Emile Mota Ndongo, directeur adjoint du cabinet du chef de l’Etat chargé des questions économiques.

Dans l’entre-temps, quelques éléments de la Garde présidentielle, dont les lieutenants Georges Mirindi, Fraterne Chibunge et John Bahati venaient de déposer l’un des leurs, Rachidi Mizele, à l’entrée principale du palais de Marbre, résidence officielle du président. Ce n’était pas leur jour de garde, mais leur présence en ce lieu était motivée par le fait qu’après avoir souffert et s’être sacrifiés pour la libération, ils étaient arrivés à Kinshasa et on les avait déçus.

Enfant de la maison, Rachidi Mizele n’avait rien à craindre. Le garde qui le vit arriver en courant ne se doutait donc de rien, car compagnon d’armes formé avec lui à La Havane, aux frais de papa Mzee.

Le commandant Rachidi avala les marches du perron en courant. Il évoluait à l’aise, d’autant plus que la garde rapprochée avait dégarni les portes. La lieutenante Annie Kahumbu qui filtrait les entrées ne fut pas un obstacle pour lui, un des enfants chéris du président.

Rachidi Mizele, l’exécuteur désigné par les comploteurs, ouvrit calmement la porte du salon présidentiel et trouva le président de la République en pleine conversation avec le professeur Emile Mota.

Profitant de la confiance du chef de l’Etat, Rachidi Mizele se rapproche de lui sous prétexte de lui communiquer quelque chose d’important. Le lieutenant Rachidi dégaine un revolver Magnium et se met à tirer. Le président reçoit une balle dans la tête, une autre lui sectionne l’aorte et la troisième lui est logée dans l’abdomen. Il est 13h 30’ lorsque Mzee est atteint mortellement par balles. C’est l’événement du jour. Mzee Laurent-Désiré Kabila, le grand révolutionnaire est tombé; fauché par Rachidi Mizele, un membre de la Garde présidentielle. Le conseiller Emile Mota est là, cloué sur son fauteuil et tétanisé. Mais, Rachidi l’ignorera superbement, car ne figurant pas ce jour-là sur le visa pour l’au-delà.

Sa mission accomplie, Rachidi sort précipitamment et regagne la porte. Ayant enfin retrouvé son sang-froid, Emile Mota s’empresse à ramasser les douilles et emboîte le pas au meurtrier. Rachidi est déjà dans la cour. Il est en train de fuir. Emile Mota l’aperçoit et crie au garde Chiribagula Mulume qui était dans les parages : « Arrêtez cet homme, il a tiré sur le président ».

D’abord ébahi, Chiribagula retrouve ses réflexes de soldat et vise Rachidi qui voulait s’échapper. La balle atteint Rachidi à la jambe gauche. Il s’écroule et commence à implorer son compagnon d’armes pour qu’il ne le tue pas.

Ayant entendu le coup de feu, le colonel Eddy Kapend, aide de camp du chef de l’Etat, accourt et s’enquiert de la situation. Le soldat Chiribagula le met au courant en une phrase en pointant du doigt Rachidi qui était allongé sur le sol avec une jambe blessée : « Il a tué Mzee ». A ces mots, Rachidi regarda le colonel Eddy Kapend avec un regard plaintif, un regard qui implorait la miséricorde.

Mais tel un lion blessé, le colonel Eddy Kapend arracha vigoureusement l’arme de Chiribagulka Mulume et se mit à tirer rageusement sur le meurtrier du chef de l’Etat. Après quoi, il jeta cette arme par terre et regagna son bureau sans prononcer un mot. Rachidi, l’assassin, venait à son tour de passer de vie à trépas; en emportant avec lui le secret du complot.

Le moment était grave, on appela d’urgence le médecin personnel du chef de l’Etat qui ne fit que constater les dégâts. Le corps ensanglanté fut ensuite acheminé à la Clinique Ngaliema par hélicoptère. Et de là, il prit la route du Zimbabwe.

Dans l’après-midi de ce lundi fatal, une voix creva les ondes. C’était le colonel Eddy Kapend, aide de camp du chef de l’Etat. Il annonça la triste nouvelle sur les antennes de la RTNC, avec quelques nuances. « Mzee Laurent-Désiré Kabila, président de la République, a été touché par balles, et est gravement blessé. Il vient d’être transporté à Harare.

Sur le plateau de la Radio Télévision nationale congolaise, Eddy Kapend n’appela pas seulement les gens au calme; il décréta aussi le couvre-feu. Chacun devait rester chez soi jusqu’à nouvel ordre. Aucun avion ne devait ni atterrir ni décoller de l’aéroport international de N’Djili.

Condamnant cette hardiesse dans le procès sur l’assassinat de Mzee, le colonel Charles Alamba, procureur général près la Cour d’ordre militaire, a allégué que c’était un message de coup d’Etat.

Il a été révélé au cours de ce grand procès que dans la soirée de ce triste lundi, un groupe de Libanais s’étaient rassemblés quelque part au centre-ville, à Kinshasa, pour fêter la chute du grand baobab. Dansant et buvant, ils levaient le toast pour l’assassinat de Mzee.

Quelques soldats de la Force d’intervention spéciale (FIS), conduits par le général Yav Nawej, le colonel Eddy Kapend et le capitaine Ndongo Kayilu descendirent sur les lieux. La moisson fut abondante, car onze Libanais y furent arrêtés. Ils furent gardés au camp colonel Kokolo jusque dans la soirée du 17 janvier.

Mais, à la tombée de la nuit, le colonel Eddy Kapend ordonna au général Yav Nawej d’exécuter les Libanais appréhendés la veille. Patron de la FIS, le général Yav confia la lugubre besogne au jeune capitaine Ndongo Kayilu. Vers 20h00’, les Libanais furent embarqués dans un camion conduit par l’adjudant Kat Diur. On leur fit croire qu’on les emmenait au « Groupe Litho Moboti (GLM), siège du bureau 2 de la Garde présidentielle. Mais le véhicule prit plutôt la direction de l’aéroport de N’Djili. On fit croire aux Libanais que c’est là qu’ils allaient être verbalisés. A vrai dire, l’ordre donné était d’aller les exécuter au camp d’entraînement de Kibomango. Au lieu de 11 captifs arrêtés la veille, il n’y en avait que 10.

Arrivés sur le site de la mort, le capitaine Ndongo Kayilu avait voulu épargner ces Libanais lorsqu’ils ont déclaré qu’ils avaient des révélations intéressantes sur les auteurs du complot. Mais contacté, le général Yav a été implacable et ne voulut rien entendre en proférant ces mots au téléphone : « Exécutez l’ordre, personne ne doit revenir ». Eddy Kapend confirma la sentence en ces termes : « Tous les maïs doivent être plantés au champ ».

Il était 22h00’ au carillon quand les infortunés furent exécutés. On ne leur donna même pas le temps d’adresser une prière à Allah. A cause de cet acte, le capitaine Ndongo Kayilu a été condamné à perpétuité pour avoir obéi à un ordre manifestement illégal. En droit pénal, cela s’appelle « la baïonnette intelligente ».

ENIGMES SUR UN ASSASSINAT

De l’assassinat de Mzee Laurent-Désiré Kabila, un seul point a été éclairci : la date de sa mort qui est devenue le 16 janvier 2001. En rendant son arrêt, la Cour d’ordre militaire, par la bouche de son président, le général Camille Nawele Mukongo, avait déclaré que le procès sur l’assassinat du président Laurent-Désiré Kabila n’est pas encore terminé, car beaucoup de questions sont restées pendantes.

Dans l’exposé des motifs, cette Cour d’exception avait posé cette série de questions : pourquoi le meurtrier Rachidi Mizele n’avait pas tiré sur le professeur Emile Mota qui était pourtant un témoin gênant? Pourquoi Emile Mota s’était-il précipité à ramasser les douilles et à les cacher? Autre préoccupation de la Cour, l’arme du crime supposée avait appartenu à Rachidi Mizele, il contenait toutes ses cartouches, et son canon n’avait pas l’odeur de la poudre brûlée. Qui avait eu donc intérêt à cacher l’arme du crime? Puisque l’auteur matériel de l’assassinat avait déjà été abattu.

L’un des casse-têtes reste l’état du président assassiné. On l’a retrouvé dans son fauteuil comme un être endormi. Pourquoi n’avait-il pas réagi à l’impact des balles? Là aussi, la balistique a été mise à rude épreuve. En commençant par la puissance des balles « 38mm Magnium » utilisées.

On connaît l’issue du procès. Il y a eu 30 condamnations à mort, 26 condamnations à perpétuité, 10 condamnations à 20 ans de servitude pénale principale, 5 condamnations à 15 ans de servitude pénale principale, 2 condamnations à 10 ans de servitude pénale principale 1 condamnation à 5 ans de servitude pénale principale, 4 condamnations à 2 ans de servitude pénale principale, 1 condamnation à 6 mois de servitude pénale principale et 47 acquittements.

Source : Le Potentiel

Posté sur le web le 18 mars 2007

Histoire de la République Démocratique du Congo

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Revised: February 15, 2008