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Mort de Patrice Lumumba : la veuve Lumumba donne sa version des faits Assassiné dans des conditions absurdes le 17 janvier 1961, Patrice-Emery Lumumba fut proclamé « héros national » par le président Mobutu lors de son discours du 30 juin 1966. Mais il aura fallu près de 40 années pour que les congolais sachent, enfin, dans quelles circonstances exactes le Premier ministre du Congo indépendant, avait trouvé la mort. De même, il aura fallu aux congolais plus de 40 années et l’avènement de Joseph Kabila, pour qu’un monument soit enfin érigé, à Kinshasa, à la mémoire de Patrice Emery Lumumba. Lors de l’inauguration officielle du monument dédié à Patrice Lumumba, à la place « Echangeur », sur l’avenue portant son nom, Pauline Opango, veuve Lumumba était au rendez-vous, déposant elle aussi sa gerbe de fleurs, comme prévu par le protocole, sans discours. VERSION DES FAITS Mais, l’opinion est en droit de connaître les conditions dans lesquelles cette veuve mène sa vie, des années durant, au-delà du « noble titre » de la veuve du héros national. Elle avait rompu le silence et s’était confiée au Potentiel, relatant, à sa manière, sa version des faits. « Quand nous avions quitté la maison le 27 novembre 1960, nous n’avions pas fui, nous nous sommes retirés à cause des désordres qui régnaient entre Kasa-Vubu et ses gens. S’il était question de fuir, nous serions partis au Ghana ou ailleurs puisque nous en avions les moyens, nous ne serions pas allé vers Kisangani. Ce jour-là, personnellement je n’étais pas à la maison. J’étais sur l’avenue Baraka (Commune de Kinshasa) chez la tante paternelle de Patrice avec ma fillette Marie-Christine qui était toujours malade. Peut-être était-elle frustrée par les différentes menaces et arrestations dont la famille était victime depuis sa naissance. Et ce jour-là, dans la nuit, lorsqu’ils ont quitté la Primature, c’est le chauffeur qui est venu me chercher. Il était seul dans la voiture. Et nous avons réussi à sortir de la ville, en prenant la route de Bandundu. Quant à l’arrestation comme telle, c’est à la traversée de
la rivière Lodji, à la tombée de la nuit, que nous manquerons le
bac qui était déjà dans l’autre rive. C’est ainsi que Patrice
me dira : « Comme il commence à faire sombre et que les
gens se précipitent vers la pirogue, toi, tu restes avec l’enfant.
Je m’en vais négocier avec les commandants du bac, et quant ils
viendront chercher les voitures, tu traverseras avec les
chauffeurs ». Et, Il a traversé avec tous ceux qui l’accompagnaient,
entre autres Mungul Diaka. C’est comme cela que je suis restée avec
les chauffeurs. Mais après, quelques sympathisants viendront nous
souffler que le bac n’a pas traversé avec un véhicule. Ce sont les
militaires qui l’ont déplacé pour le cacher. Etaient-ils déjà
avertis de notre arrivée? (…!). Soudain, nous entendrons des coups
de fusil, de grands tintamarres… C’est une foule de militaires qui
surgit. Et de l’autre côté où un groupe avait traversé, Patrice
avait déjà été capturé et on revenait avec lui dans le bac. De
là, on nous achemina directement à l’aéroport de Port Francqui et
nous serons ramenés à Kinshasa la même nuit. Ce qui est qui curieux
c’est le fait qu’on avait libéré Mungul Diaka et les autres. On
a détenu seulement Patrice, ma fille et moi. Comme si c’était leur
complot avec l’armée de Mobutu. Il faut préciser qu’en ce moment-là, Pierre Mulele était déjà au Caire, en Egypte. Aussi, Maurice Mpolo et Charles Okito ne faisaient pas partie du cortège; ils étaient arrêtés vers Maïndombe. De même, Kamitatu n’était pas parti avec nous. Il nous avait pourtant demandé de « filer tout droit jusqu’à la destination et de ne pas perdre trop de temps en route Je sais que la majorité des gens sont pour vous, mais il faut s’en passer ». Mais, c’est Mungul Diaka qui haranguait ses frères (de Bandundu). A chaque village il rassemblait les foules disant « Lumumba aime beaucoup le peuple, venez l’écouter ». Il s’est même entendu avec un missionnaire dont j’ignore encore le nom, qui avait rassemblé une très grande foule et exigé que Patrice tienne un meeting. Imaginez le retard que cela devait causer pour des gens en plein voyage! N’eût été ces multiples escales de Mungul Diaka, on pouvait traverser et peut-être qu’on ne serait pas rattrapé. Faisaient aussi partie Kashamura (dans une autre voiture), Gbenye… Il semble que Patrice m’avait écrit une lettre avant sa mort; j’avoue que je n’ai jamais lu cette lettre que dans les livres. Personne ne me l’a remise. J’ai appris qu’un journaliste l’avait remise à mon fils François, mais il ne m’a jamais parlé de cela et je n’ai jamais lu ces derniers écrits de Patrice. Après l’arrestation, nous avions été maltraités, Patrice et moi au camp Kokolo avant qu’on les amène à Thysville (Mbanza-Ngungu). Nous les avions suivis à Mbanza-Ngungu, Catherine, épouse de Mpolo, Ida, épouse de Jean Bolongo et moi-même. Arrivées sur les lieux, l’accès nous était strictement interdit. Nos maris nous apercevaient à partir de la prison, mais nous ne les avions pas rencontrés. Entre-temps, Nendaka, qui était l’un des commanditaires de cette sale besogne, qui avait appris que les épouses des détenus avaient suivi leurs maris à la prison, avait dépêché tout un bataillon à nos trousses. Heureusement pour nous, un militaire Mukongo que nous ne connaissions même pas nous avait cachées dans sa maison. Il faut signaler que c’est ce même Nendaka qui avait pris tout notre patrimoine de la maison : biens, voiture, livres, habits… tout. Quant à notre départ pour Kisangani, je n’étais pas seule. C’est l’Onu qui s’est chargé de notre sécurité, moi et toutes les autres familles des victimes qui étaient hébergées à Chanic. Mais la décision d’un transfert à Kisangani est arrivée lorsque le ministre Christophe Lutula viendra mentir aux agents de l’Onu que Lumumba s’est évadé de la prison au Katanga. Connaissant les mauvaises relations que Patrice entretenait avec Tchombe en ce moment-là, vite nous avions tous compris qu’ils l’avaient exécuté. Voilà pourquoi l’Onu nous embarqua dans son avion jusqu’à Kisangani. Freddy mulumba kabuayi Source : Le Potentiel Posté sur le web le 18 mars 2007 |
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Revised: February 15, 2008