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5 ans de prison requis pour Papa Wemba qui se défend d'avoir été utilisé

26 octobre - Le procureur de la République de Bobigny a requis lundi, cinq ans d'emprisonnement à l'encontre de la Star congolaise de la musique, Jules Shungu Wembadio, alias Papa Wemba, poursuivi pour "aide au séjour irrégulier de clandestins" en France et en Belgique. Age de 55 ans et père de six enfants, le "Roi" de la "Sape" (Société anonyme des personnes élégantes) et  de Rumba-Rock, a comparu avec huit autre prévenus dans une petite salle du tribunal correctionnel de Bobigny, remplie des Congolais d'Europe qui suivent de très près ce procès. Les justices belge et française le soupçonnent d'avoir organisé, sous couvert de ses activités musicales, l'immigration clandestine en France de quelque 150 ressortissants de la République démocratique du Congo, moyennant des sommes avoisinant 3.500 euros par personne. Ainsi, à l'occasion d'un concert donné la nuit du 31 décembre 2001 au palais-omnisports de Paris-Bercy, le chanteur aurait facilité l'obtention de visas pour 100 ressortissants congolais via l'ambassade de France à Kinshasa. Il aurait présenté ces personnes comme des artistes devant participer à ses tournées.

Appelé à la barre, Papa Wemba, habillé d'une chemise sur laquelle sont cousues de grosses fleurs en tissu, d'un jean bleu, de baskets et d'une veste en daim, diamants aux oreilles, tatouage "Papa Wemba" dans le cou, a tenté de minimiser le nombre de "faux" musiciens qu'il aurait fait venir en France et qui ne sont jamais repartis. "On a utilisé mon nom", s'est insurgé le chanteur. "Beaucoup de gens ont profité de mon nom. Tout se faisait sous mon nom", a-t-il dit. Mais, il a été mis en difficulté par la présidente du tribunal qui a lu des écoutes téléphoniques réalisées par la police en 2003. Au téléphone, le musicien qualifiait les clandestins de "porcs" (ngulu, en lingala), ou encore "d'abrutis" (zoba) quand ils se faisaient prendre à leur arrivée. Il y apparaît que "Papa Wemba" négociait et organisait avec une avocate et deux proches basés à Kinshasa les passages illégaux et fixait lui-même les tarifs: 3.000 dollars par personne jusqu'à fin 2002, prix augmenté ensuite à 3.500 puis 4.000 dollars par personne. Dans ses moyens de défense, l'artiste musicien a expliqué que ce sont ses proches qui, en 2001, ont mis sur pied la filière: obtenir des visas généralement octroyés aux artistes participant à des tournées internationales pour des personnes souhaitant quitter la République démocratique du Congo. Il n'aurait appris l'existence de ce système qu'en 2002, et il aurait, alors, demandé à prendre sa part du gâteau, soit 400 $ par tête. L'accusation soutient qu'il a organisé des événements fictifs en France pour justifier les nombreux voyages de faux musiciens. Les personnes voyageaient sous leurs vraies identités avec des visas obtenus à l'ambassade de France, sous couvert de concerts ou d'enregistrements en Europe, vrais ou faux, justifiés par plusieurs associations ou sociétés de production présumées fictives installées en France. Les passeports étaient ensuite renvoyés au Congo, falsifiés et réutilisés. "Ce n'est pas moi qui délivre les visas", a déclaré l'artiste à la barre. Il a justifié l'existence de fausses sociétés et les concerts fictifs par une habitude de travail courante, selon lui, en Afrique.

NPM: Papa Wemba à Radio Okapi (photo monuc)

"Nous travaillons ici très souvent à l'africaine", a déclaré le "Kuru". "Il peut y avoir une salle déjà louée et pas encore de groupe", a-t-il assuré. "Il y a de nombreuses personnes qui ont profité de mon nom pour organiser tout ça et j'ai été tenté", se défend Papa Wemba, affirmant, qu'il n'avait joué qu'un rôle secondaire. "Les producteurs ont leur filière indépendante de mon client et tout le monde s'est retranché derrière lui", explique pour sa part Me Yves Leberquier, l'avocat de la Star. A ses côtés comparaissent huit producteurs, présidents d'associations franco-africaines ou associés, et sa femme, Marie-Rose "Amazone". Ces derniers nient et le désignent comme le principal bénéficiaire. Quant à "Amazone", qui a comparu, coiffée à l'africaine, vêtue d'un boubou bleu et vert aux couleurs de sa confrérie religieuse, la "Communauté internationale des femmes messagères du Christ", et chaussée de talons aiguilles rouges, se défend mollement, se retranchant derrière son rôle d'épouse et de "mère de famille au foyer".

Le roi de rumba-rock reconnaît en partie les faits lui reprochés mais, "ce sera à la justice de déterminer avec précision les faits reprochés à Papa Wemba et qui lui font porter pour l’instant un chapeau beaucoup trop grand pour lui. Il est hors de question qu’il serve de paravent à d’autres responsabilités", a déclaré son avocat Yves Leberquier. Le ministère public a requis des peines allant de 18 mois à quatre ans d'emprisonnement à l'encontre des huit autres prévenus de ce dossier, laissant au tribunal l'opportunité d'accorder une partie de la peine en sursis. Le procès, qui s'est ouvert lundi devant le tribunal correctionnel de Bobigny, reprendra jeudi avec les plaidoiries de la défense. Le jugement sera ensuite mis en délibéré. Papa Wemba avait été écroué le 20 février 2003 à la maison d'arrêt de Fleury-Mérogis après sa mise en examen. Il avait été remis en liberté sous sous caution en juin.

«Dieu m’a rendu visite dans ma cellule», est un thème qui revient dans plusieurs titres de son nouvel album à paraître l’année prochaine.

(SOURCES DIVERSES)

 

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Revised: August 13, 2006