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Pascal Lokua Kanza chante
pour un monde... "plus vivant"!
14 mars 2005 - Lokua Kanza est de retour
dans les bacs avec Plus vivant, un album étonnant, réalisé tout en
français et dont l’artiste congolais, une fois n’est pas coutume,
n’a pas écrit les textes. Un disque qui ne laissera personne indifférent.
On aime ou on n’aime pas. Reste que le disque jouit d’un
impeccable travail de production et témoigne de toute la sensibilité
de Lokua. Silence, un ange musical engagé passe... Afin que tous et
tout redeviennent Plus Vivant(s) !
Afrik : Votre album s’intitule Plus
Vivant, comme l’un de ses titres. Qu’y a-t-il aujourd’hui de
plus vivant qu’hier en Lokua Kanza ?
Lokua Kanza : Ce qu’il y a de plus vivant, ce n’est pas
forcément moi, mais l’humain. Je crois que cette chanson, comme
tout l’album, parle d’espoir, malgré tous les problèmes autour
de nous. La personne qui l’a écrite s’appelle Fred Allie. Elle a
voulu à tout prix transmettre ceci : quoi qu’il arrive, il subsiste
toujours une lueur d’espoir au fond d’un tunnel.

Lokua Kanza (photo Claude Gassian)
Afrik : Vos 4 précédents disques ont
été salués pour leur originalité. D’aucuns estiment que vous
avez rejoint la masse en faisant, cette fois-ci, de la simple variété
française...
L.K : (Un rien froissé) La polémique n’est pas mon fort et
ce n’est pas un domaine dans lequel je veux exceller. Un artiste est
quelqu’un qui, par essence, doit créer, oser et trouver de nouveaux
horizons. Il ne faut pas avoir peur des gens, mais surtout avoir peur
de soi-même. Quand un artiste fait une œuvre, il essaie de donner le
meilleur de lui-même. C’est aux autres de décider. Et s’ils ne
voient pas tout le travail qui a été fait, ce n’est pas à moi de
les condamner. Mais moi je pense que cet album est vraiment différent
des autres. Il y a une nouvelle équipe avec qui j’ai travaillé.
Afrik : Dans quel rayon
souhaiteriez-vous voir ranger votre disque en magasin ?
L.K : Là où on voudrait le mettre. Pour les gens qui savent
écouter mon album, il est le reflet de la musique que j’ai toujours
faite. Il est en tous points plus osé que les autres.
Afrik : Pourquoi avoir décidé de
faire un album uniquement en français ?
L.K : Je voulais que mon album soit compris par beaucoup
d’Africains, ceux-là qui ne parlent pas lingala ou swahili. La
langue française est un pont, un moyen de communication.
Afrik : Pourquoi avez-vous choisi
qu’on vous écrive vos textes, contrairement à vos habitudes ?
L.K : Le jour où je voudrais chanter en wolof, je demanderai
à quelqu’un de m’écrire la chanson ... La langue française,
quand on veut atteindre un certain niveau d’écriture, demande
beaucoup d’exigences. Il ne faut pas faire n’importe quoi quand on
veut chanter dans une langue. Alors j’ai préféré confier cela à
des personnes qui savent écrire des chansons en français.
Afrik : Votre maison de disques vous
a-t-elle imposé des choix artistiques ?
L.K : On ne m’a jamais imposé quoique se soit. Je suis moi-même
le producteur de mes albums (sa structure s’appelle Yewo Music,
ndlr). C’est important de le savoir. Depuis le début, c’est moi
qui produis et je donne à la maison de disques qui distribue.
Afrik : Quels sont les artistes qui
vous ont inspiré dans ce disque ?
L.K : Des artistes qui m’ont inspiré, pas seulement pour ce
disque-là, mais pour la vie, car une fois que tu es inspiré, tu
gardes la marque, il y en a beaucoup. Chez moi au pays, j’étais
touché, entre autres, par les musiques traditionnelles faites par les
Mongo, les Luba ou les Sakata (trois parmi les centaines de tribus de
la République démocratique du Congo, ndlr). Tout au long du chemin,
il y a des êtres et des musiques qui te parlent. Et tu essaies à ta
façon de les prendre comme de petites fleurs.
Afrik : Si votre CD était à refaire,
que changeriez-vous ?
L.K : (Souriant et convaincant) Rien !
Afrik : Au-delà du simple échange
musical, devrait-on lire dans le duo Lokua-Corneille un message de
paix, d’espoir et d’humanité adressé aux compatriotes congolais
et rwandais. Et même à leurs dirigeants respectifs ?
L.K : (Très attentif à la question, sourcils légèrement
froncés et visage grave dans sa réponse) Vous savez, les peuples,
autant du Congo que du Rwanda, depuis des années, des siècles, ont
toujours été ensemble. Il se passe que pour des raisons occultes,
que nous, le bas peuple, ignorons, une querelle éclate. Je suis un
enfant d’un Congolais et d’une Rwandaise. Donc je suis le symbole
même de l’amour qu’il y a entre les deux peuples. Je ne peux pas
renier le Congo, je ne peux pas renier le Rwanda. Le duo avec
Corneille est une belle chose. Tu l’as si bien dit : c’est un
message de paix. (Il se met du coup à s’exprimer en lingala, le
visage tendu, ému) Donc si nous pouvons arrêter les querelles, ce
serait une bonne chose. Notre peuple a besoin de paix. Il faut que nos
enfants grandissent, qu’ils aillent à l’école et qu’on arrête
de nous tromper ! Car c’est bien là une façon de nous tromper par
des guerres d’intérêts personnels.
Afrik : Dans « Si tu pars », vous
chantez ceci : « Si tu pars, n’oublie pas la terre où ton cœur
est né, Zanzibar ou Kinshasa... » Bref, vous évoquez la région des
Grands Lacs africains, aujourd’hui très en trouble politiquement et
militairement. Vous êtes né dans le Kivu, actuellement ensanglanté
par le conflit congolo-rwandais. Souhaiteriez-vous vous impliquer
d’une manière ou d’une autre pour contribuer à faire avancer les
choses ?
L.K : Je ne suis pas un homme politique, je suis un musicien.
J’essaie à ma façon de donner ce que je peux, mais je ne peux pas
le faire seul, il faut qu’on soit nombreux. Il faut surtout que les
dirigeants soient prêts à se donner vraiment la main pour construire
le pays. Si on a besoin de moi, à n’importe quel moment, pour
apporter un coup de main à mon pays, je serais toujours là.
Afrik : D’année en année, le
public congolais, à Kinshasa comme à Brazzaville, vous découvre,
vous adopte. Mais vos disques n’y sont pas distribués.
L.K : Ce n’est pas ma faute, ni celle de la maison de
disques. Il faut que je trouve un distributeur digne de ce nom qui
viendra faire du boulot et non pas du piratage. Avant, je l’avais
confié à un distributeur à Kinshasa mais qui n’a pas fait son
travail. Pour l’instant je cherche, je suis en discussion avec
quelqu’un et j’espère que ça se passera bien.
Afrik : Vous ne supportez donc pas la
piraterie, malgré son coté promotionnel apporté aux œuvres ?
L.K : (Niant de la tête) Ça ne veut rien dire tout ça ! Le
piratage est un mal qui détruit l’artiste et profite à d’autres.
Afrik : Comment jugez-vous le niveau actuel
de la musique congolaise ?
L.K : Moi, je n’aime pas polémiquer.
Afrik : Mais ça n’est pas de la polémique
!
L.K : Si, si, si. Je n’ai pas de jugement à faire. S’il y
a des critiques, c’est aux journalistes de les formuler. Moi,
j’aime la musique de mon pays, basta ! Après, chacun voit comment
il peut faire cette musique.
Afrik : Que pensez-vous de la musique
africaine ?
L.K : Il y a des musiques que j’aime, d’autres que j’aime
moins. Il y a des gens formidables comme Richard Bona. Il y en a qui
portent haut l’étendard de la musique africaine. J’aime les
bosseurs.
Afrik : Pépé Felly Manuaku, dit «
Le magicien de la guitare », a aussi joué dans cet album. Une
surprise !
L.K : (Ravi de cette allusion) Ya Felly, c’est quelqu’un
que je connais depuis longtemps, que je respecte et que j’apprécie
beaucoup. Il a amené beaucoup de choses à la musique congolaise. Il
a fait danser tout le monde, toute l’Afrique et particulièrement le
Congo. Et dans mon disque, j’ai voulu faire un clin d’œil à
cette musique congolaise... Ya’ Felly y est vraiment une légende
vivante...
Afrik : Vous avez même inséré le
jeu de guitare endiablé à la congolaise, de type «
atalaku-soukouss-ndombolo » !
L.K : C’est un clin d’œil, une dédicace à l’ensemble
de mon pays, et non pas à tel ou tel autre individu. Il y a ici un
important message qui dit ceci : enfants du Congo, bâtissez votre
pays !
Afrik : Un mot sur le trio
Toto-Bona-Lokua ?
L.K : Très belle expérience, un moment magique pour moi. On a
passé cinq jours de studio où on s’amusait comme des enfants. Je
suis content que le public et les médias aient suivi. Des expériences
comme celle-là, j’aimerais en faire souvent avec des musiciens.
Afrik : Il y a exactement dix ans que
sortait Emotion, l’album de Papa Wemba que vous avez artistiquement
dirigé...
L.K : (Etonné par l’évocation de ce lointain souvenir)
Bravo à l’artiste Wemba. C’est un très grand chanteur qui m’a
donné l’occasion d’écrire et d’arranger pour lui. Un bon
moment. C’était et ça restera un exemple. Il faut que les
Congolais se mettent souvent ensemble pour créer.
Afrik : Et vous l’avez soutenu pendant son
incarcération !
L.K : Je n’ai rien fait de spécial, à part le fait de lui
avoir envoyé un message de soutien. Ce qui est normal, humain.
Afrik : Croyez-vous en Dieu ?
L.K : (Regardant vers le ciel) C’est le Seigneur qui me
soutient, qui me guide, qui me donne le souffle, la force. Tout ce que
je fais, je ne pourrais jamais me vanter en me disant que c’est
Lokua qui a fait ça. C’est Dieu qui me donne tout ce que j’ai. Je
prie presque tous les jours mais je ne suis pas d’une confession
particulière.
Firmin Mutoto Luemba (afrik.com)
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