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Mgr. Fulgence Muteba : "Evitons le joug d'un nouvel esclavage" 01 février 2006 - La société congolaise vit aujourd’hui dans une ambiance de préparation aux élections générales qui interviendront dans les mois à venir. Après l’identification et l’enrôlement des électeurs, nous venons de franchir, avec plus ou moins de succès, le cap du référendum constitutionnel. Il nous faut désormais regarder vers l’avenir, en sachant que celui-ci ne peut se construire sans nous. Consciente de ses responsabilités historiques, l’Eglise du Congo a mis sur pied un programme d’éducation civique et électorale qui a fait ses preuves jusqu’à présent et qu’elle entend poursuivre jusqu’à la tenue des élections générales et même après. Dans la perspective d’accompagner notre peuple dans cette marche historique, il est utile de rappeler que les enjeux sont énormes, les pièges aussi. Dans ce contexte, mon exhortation pastorale se précise : il faut éviter de retomber sous le joug de l’esclavage. N’ayez pas la mémoire courte! Notre histoire est jalonnée de plusieurs moments douloureux. Elle comporte trois étapes décisives. Après avoir subi une colonisation humiliante, notre pays a accédé à l’indépendance que, hélas, d’aucuns considèrent avec raison comme un gâchis. De la colonisation à la dictature, le passage a été vécu dans une effervescence que rappellent certains épisodes du temps présent. Enfin est venu le temps des guerres, au terme duquel le compromis a déclenché le processus en cours. Il y a eu la colonisation La colonisation est un fait historique qui fait partie de notre mémoire. Privée de ses droits et de sa dignité en tant que peuple, la population congolaise l’a subie dans la frustration. Elle était, au fond, une forme d’esclavage qui nous a tous humiliés. Notre pays était considéré comme une propriété des étrangers et nos richesses exploitées sans nous. La liberté des citoyens était chimérique, sinon limitée. Autant dire que notre peuple a vécu cette période sans dignité, dans la résignation collective. Les conséquences en sont encore perceptibles aujourd’hui. Me démarquant de ceux qui rabâchent les méfaits de cette période douloureuse, je vous invite à ne pas ressasser les souffrances du passé, sans en tirer les leçons qui s’imposent. L’histoire est irremplaçable. En tant que fait du passé, nul ne peut la changer, à moins de la falsifier. Toutefois, il existe à mon avis deux façons nobles de la redresser positivement. D’une part, en la transformant en force historique pour rebâtir la dignité de notre peuple. D’autre part, en corrigeant les erreurs reconnues par tous. C’était, me semble-t-il, la mission, hélas inaccomplie! de la période post-indépendance. Il faut dépasser la colonisation et éviter de tomber plus bas. Ce pays a connu une dictature atroce Au lever du soleil de l’indépendance au Congo, en 1960, il y a eu un enthousiasme inouï, un immense espoir. Le peuple a trop vite cru à la fin de son calvaire. Mais c’était sans compter avec l’amateurisme et la maladresse politiques de ses rares fils instruits. Quelques années seulement ont suffit pour qu’il déchante. La dictature s’est installée, avec son cortège d’anti-valeurs : corruption, clientélisme, mauvaise gestion, gaspillage des richesses, favoritisme, non respect de la loi, impunité, violation des droits humains, restriction des libertés fondamentales, violence, arbitraire, tribalisme, régionalisme, clanisme, tricherie, mensonge, dépravation des mœurs, non respect du bien commun, gangstérisme, assassinats, musellement de la presse, intoxication, désinformation, manipulation du peuple, répression, culte de la personnalité, clientélisme, anomie, etc. En conséquence, l’économie du pays s’est effondrée, les infrastructures sociales héritées de la période coloniale ont amorcé un délabrement forcé, l’Etat lui-même a commencé une lente mais sûre démission de ses obligations primordiales. Bref, le pays a amorcé une atroce agonie qui l’a amené petit à petit sur la descente en enfer. Pendant ce temps, les esprits lucides n’ont cessé de tirer la sonnette d’alarme, mais sans se faire entendre. Le pouvoir trouva mieux d’exiler les uns et d’envoyer les autres à la mort. Sentant le danger venir à grands pas, l’Eglise catholique a très tôt crié haut et fort pour arrêter le péril. Mais, la férocité de la dictature était telle qu’elle semblait prêcher dans le désert. Un prélat a dû s’exiler à Rome pour payer le prix de son courage prophétique. L’Eglise catholique elle-même a été malmenée de la manière qu’on connaît. Elle a été privée de ses moyens de se mettre au service du peuple. Les conséquences de cette privation sont encore perceptibles notamment dans les domaines de l’éducation et des services de la charité. En se consolidant, la dictature a utilisé autant de ruses que d’astuces. Elle larguait de slogans vides qui ont réussi à distraire et à aveugler le peuple, avec le concours de la répression : « objectif 80 », « septennat du social », « tout doit changer, tout va changer », « plus rien ne sera comme avant », etc. Autant de cris de fuite en avant qui nous ont tous roulés au grand jour. En retour, nous avons offert la danse. Nous avons multiplié les formes de vénération d’un humain que les chantres les plus fervents de l’Authenticité ont même osé élever au rang de…de dieu. On croyait à peine avoir atteint le comble du ridicule. Mais comme toutes celles qui l’ont précédée dans l’histoire de l’humanité, la dictature qui s’est imposée à nous a disparu après une quarantaine d’années, inévitablement, après s’être essoufflée de manière tragique. Du sang a été versé Pour ne pas trahir la mémoire de notre peuple, il convient de rappeler brièvement la période de violence qui a précédé le temps de la cohabitation forcée qui s’achève. Il y a eu une voie pacifique pour passer de la dictature à la démocratie : la Conférence Nationale Souveraine (CNS). Ses longues et interminables négociations étaient sur le point d’organiser les élections quand la solution de violence, venue d’ailleurs et conçue sans nous, lui a porté un coup de poignard dans le dos. La dictature chassée par les armes laissa la place à une dictature des armes qui nous a coûté près de trois millions de morts. Sous la pression des maîtres du monde et de la population, les négociations, passage obligé pour trouver une solution à un conflit, furent entamées. Elles aboutirent à un compromis qui força les frères ennemis à la solde des étrangers à se partager le gâteau du pouvoir selon le principe du consensus. Parmi les objectifs prioritaires de ces multiples nouveaux maîtres du Congo figure l’organisation des élections qu’on espère être libres, transparentes et démocratiques. Le chemin parcouru jusqu’à présent n’a pas été sans embûches. Malgré la pression de la communauté internationale et le courage de certains compatriotes, la catastrophe a été frôlée à plusieurs reprises, mais le pire a été évité. Cela veut dire que ce pays ne manque point d’hommes d’honneur et de majesté qu’il faut pour relever les multiples défis congolais du nouveau siècle. Seulement voilà, il faut les dénicher, les rassurer et leur donner l’occasion de faire leurs preuves. Les élections sont, peut-être, cette occasion en or tant attendue. Il nous faut les réussir. Absolument. Vous êtes le souverain primaire! Pendant toutes les péripéties historiques au travers desquelles notre pays est passé, le peuple a été marginalisé dans le jeu politique, ses intérêts relayés au second rang. On s’est habitué à parler pour lui, sans le consulter, à lui imposer les décisions prises en son nom. L’on remarquera d’ailleurs l’ambiguïté même qui entoure le concept de peuple dans le discours social et politique congolais. Il est entouré d’un flou entretenu sciemment. Il faut arrêter cette comédie. Je suis d’avis que ce peuple n’est pas innocent dans le calvaire que connaît notre pays. Il s’est laissé faire en s’armant de peur, de résignation collective, d’une docilité indue. Mal organisé et terrassé par la misère, il manque l’esprit d’organisation, de sacrifice et de courage pour faire prévaloir les intérêts communautaires. Par contre, il s’est habitué à se réfugier dans les plaisirs de substitution (la danse, le théâtre populaire sans consistance, la série de films nigérians dits karashika, etc.), les querelles intestines et surtout certaines pratiques religieuses qui remuent les fibres des réalités culturelles comme la sorcellerie, l’envoûtement, la possession démoniaque, etc. Notre peuple s’est souvent montré comme une proie facile à distraire et à dompter. Ce peuple a encore besoin de montrer sa maturité politique, sa capacité de privilégier les intérêts supérieurs de la nation et de discerner ce qui lui importe le plus. Les élections sont une occasion lui offerte pour se remettre debout et montrer sa grandeur. Mais c’est ce peuple qui est le souverain primaire. Le processus en cours a l’avantage de lui reconnaître enfin le pouvoir inaliénable d’octroyer la légitimité à ses dirigeants. Le rendez-vous des urnes est, dès lors, historique. Le moment est fatidique, exceptionnel, mais non sans pièges. C’est pourquoi, il faut le vivre en toute lucidité, sous peine de retomber dans l’esclavage. Cela signifie qu’il faut une participation massive aux échéances électorales à venir, en connaissance de causes et avec une conscience éclairée. Il importe que le peuple s’efforce de comprendre l’importance des gestes qu’il va bientôt poser et leurs conséquences pour l’avenir de la nation. La chance qui nous est accordée est unique. Il nous faut ne pas la perdre. Pour une fois, notre destin est entre nos mains. Ce tournant historique mérite d’être pris très au sérieux. Les regards de plusieurs personnes sont tournés vers l’Eglise catholique, attendant qu’elle présente des candidats à élire et donne des consignes de vote. On a beau répéter que l’Eglise ne peut présenter un candidat à un quelconque échelon du scrutin, mais on ne la croit pas. Elle se refuse de donner des consignes de vote, mais on croit qu’elle répond « politiquement », c’est-à-dire qu’elle ment. Hélas non! Il sied ici de comprendre qu’il faut rendre à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu (Cf.Mt 22,21). L’Eglise n’est ni un Etat dans un Etat, ni un parti ou une organisation politique. Il convient de retenir que : - Bien qu’elle puisse donner une formation civique et électorale, sa doctrine sociale l’interdit de s’engager dans une compétition électorale ou de présenter un candidat ou un groupe d’individus aux élections. Cependant, à titre exceptionnel et moyennant certaines conditions, la hiérarchie de l’Eglise peut autoriser un de ses membres clercs à assumer des fonctions politiques dans un délai bien déterminé. On n’en est pas là. Mais en règle générale, les clercs ne peuvent faire de la politique et donc se présenter à une élection. Cette tâche est dévolue aux laïcs. Prenez vos responsabilités. - L’Eglise ne donne pas des consignes de vote. En clair, elle ne dit pas pour qui il faut voter et pour qui il ne faut pas voter. Non. L’Eglise laisse à la libre volonté des citoyens la détermination des régimes politiques et le choix des dirigeants. Toutefois, dans la formation civique qu’elle donne, elle peut esquisser un profil de dirigeants souhaités en regard de ses convictions morales. Les fidèles du Christ peuvent s’organiser pour proposer des candidats indépendants qu’ils estiment capables de bien diriger la société et à qui les électeurs peuvent donner mandat sans aucune contrainte de leur part. Partout au Congo, et particulièrement dans notre diocèse, sans négliger de nous donner de bons dirigeants à la tête du pays et au Parlement, il nous faut consolider la démocratie à partir d’en bas, c’est-à-dire dans nos collectivités, nos secteurs, nos territoires et notre province. Les entités locales sont tellement importantes pour nous que l’erreur n’est pas permise. Donnons notre mandat aux hommes crédibles qui se montrent soucieux de notre bien-être, de la paix et du développement. Ne nous laissons pas aveugler par des cadeaux et des discours trompeurs. Recherchons ce qui demeure et qui est censé nous conduire au progrès. Pour nous, le progrès passe par la réhabilitation de nos routes de desserte agricole, de nos hôpitaux et de nos infrastructures scolaires, la pacification de nos frontières, la paix, l’exploitation légale de nos richesses du sol et du sous-sol, la libre circulation des biens et des personnes, la remise en route de la poste, la création des emplois, la réouverture du circuit bancaire, le respect des droits humains, la sécurité, la liberté d’expression et d’associations, etc. EVITONS LE JOUG D’UN NOUVEL ESCLAVAGE L’état du phénomène religieux et les enjeux politiques de l’heure dans notre pays mettent le peuple devant des choix décisifs. Dans tous les cas, ce qu’il faut éviter, c’est un nouvel esclavage, au plan religieux et/ou celui de la politique. La religion, une aventure qui libère l’homme Une religion authentique est une aventure qui libère l’homme. L’avènement du Fils de Dieu est fort significatif à cet égard. Sa lumière dissipe nos peurs et éclaire nos doutes. Dieu est le bouclier de ceux qui croient en lui Le Dieu de Jésus-Christ est, comme l’affirme le credo, Tout Puissant. Dès l’aube de l’humanité, il s’est révélé à Abram comme son bouclier (Gn 15,1). L’auteur du livre de Deutéronome le désigne comme le bouclier qui vient en aide à Israël (Dt 33, 29). Le psalmiste, quant à lui, le nomme tour à tour bouclier, refuge (Ps 3, 4; 7,11; 17,3; 27,7), abri (Ps 17,31), rempart (Ps 83,12) qui protège ceux qui marchent dans l’intégrité. Dès lors, celui qui croit en lui n’a rien à craindre. Il ne peut avoir peur ni de la souffrance, ni des ténèbres, ni des forces maléfiques, ni même de la mort. Car son protecteur est l’auteur même de la vie, le créateur de toutes choses. Qui plus est, la foi est une puissance en soi, une cuirasse (1Th5,8). Elle est victoire sur le monde (Cf.1Jn 5,4). Si vous aviez la foi, a dit Jésus, vous déplaceriez les montagnes (Cf.Mt 21, 21). Quand on a la foi, on est capable de grandes choses. Le Christ, Messie libérateur La prise de conscience du danger permanent de l’esclavage nous pousse à nous tourner résolument vers le Christ. Celui-ci est véritablement et incontestablement le Messie libérateur. Il vient nous sauver de nos peurs, de nos insécurités, de nos prisons intérieures, etc. A cet égard, Noël est pour nous la fête d’une visite de Dieu qui nous apporte la libération. Le Fils de Dieu vient vers nous pour nous sortir de l’esclavage, principalement d’une part, d’une religion qui aliène l’homme et déforme l’image de Dieu. Et, d’autre part, il nous délivre du mal, du péché, de la peur des forces maléfiques, de l’emprise des sorciers, des ténèbres, etc. La vie de Jésus, sa parole et ses gestes, illustrent davantage que ses disciples n’ont rien à craindre. Leur foi en lui les met à l’abri de l’influence des forces maléfiques. Jésus, en effet, a non seulement chassé les démons, guéri les malades, mais il a aussi marché sur les eaux (Mt14,22-33), que la mentalité biblique considère comme le sanctuaire des forces nuisibles. Il a triomphé des forces des ténèbres et a transmis sa puissance à ses disciples, à travers l’Esprit et les sacrements. Il nous dit encore aujourd’hui : « Confiance…n’ayez pas peur » (Mt14, 27). Cette confiance, une autre appellation de la foi, est particulièrement recommandée dans les sacrements. La puissance du Christ se déploie notamment à travers ces sacrements. Le Catéchisme de l’Eglise Catholique nous enseigne que : « « forces qui sortent » du Corps du Christ, toujours vivant et vivifiant, actions de l’Esprit Saint à l’œuvre dans son Corps qui est l’Eglise, les sacrements sont « les chefs-d’œuvre de Dieu » dans la nouvelle et éternelle alliance ». Ce sont des « signes efficaces de la grâce » qui « portent fruit en ceux qui les reçoivent avec les dispositions requises ». Comment ignorer un tel trésor? La sainte Eglise catholique a aussi institué les sacramentaux. Ceux-ci sont « des signes sacrés par lesquels, selon une certaine imitation des sacrements, des effets surtout spirituels sont signifiés et sont obtenus par la prière de l’Eglise. Par eux, les hommes sont disposés à recevoir l’effet principal des sacrements, et les diverses circonstances de la vie sont sanctifiées ». Leurs formes sont variées. Parmi eux figurent en premier lieu les bénédictions de personnes, d’objets ou de lieux. Il faut y recourir dans la foi. Les sacramentaux ne sont pas des sacrements. Ils ne les remplacent pas non plus, mais ils disposent les fidèles à recevoir les effets des sacrements et sanctifient les diverses circonstances de la vie. Toutefois, leur usage ne doit pas être magique. Leur vocation première est de sanctifier. Ils exigent, bien entendu, un discernement pastoral des évêques pour éviter des abus et des déviations malencontreuses. Ils sont en lien avec les sacrements, pour le bien des fidèles. Dans le monde bantu, le risque de confusion avec certains objets sacrés issus de notre culture est grand. Les sacramentaux ne sont pas des amulettes sacrées, ni même des objets magiques. Les agents pastoraux veilleront à ce que leur usage se fasse dans la foi, selon leur nature définie par notre Eglise. Il convient de souligner avec insistance que le but des sacramentaux est de préparer les fidèles qui les utilisent à recevoir les fruits des sacrements et de sanctifier les diverses circonstances de la vie. Face à un tel trésor du dépôt de la foi de l’Eglise, le disciple du Christ est supposé ne rien craindre dans sa vie. Il possède un dispositif de sécurité nécessaire pour témoigner du Christ et croître dans la foi. Car il a pour bouclier le créateur même de toutes choses visibles et invisibles. Sa religion doit plaire à Dieu. (...) Donné à Kasenga, le 24 décembre 2005. Mgr. Fulgence Muteba Evêque de Kilwa-Kasenga Sources : Cenco.cd (Pour lire le texte intégral, cliquez ici) Autres titres L'Anr détient la preuve de la tricherie aux élections, selon Honoré Ngbanda Mbuji-Mayi : à défaut de diamants, les creuseurs vendent leurs biens L'Eglise catholique dit n'avoir pas désigné des candidats aux élections Décrispation politique : Le Rcd-N offre de céder ses postes à la Cei et au Ham à l’Udps Le Cardinal Etsou interdit aux prêtres d'accorder la parole au politiciens pendant les messes |
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Revised: February 01, 2006
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