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Tension à la Comisa/Lonshi : des détails dans le rapport de l'Ong Relcof

11 avril 2006 - Chaque jour qui passe, des éléments nouveau viennent éclairer la lanterne dans la crise qui règne à la compagnie minière de Sakania (Comisa), des suite du conflit qui oppose les employés à l'employeur, ici représenté par M. Michel Sauvenier, le directeur de siège. A l'origine, la sourde oreille de ce dernier à toute revendication des travailleurs et son refus de voir les travailleurs être représentés par un quelconque syndicat. Ci-dessous, le texte dudit rapport.

RESEAU DE LUTTE CONTRE LA

CORRUPTION ET LA FRAUDE

« RELCOF »

Téléphones : (00 243) 972 91 046 - 971 16 083 ;

Courriel (e-mail) : contrelacontrebande@yahoo.fr <mailto:contrelacontrebande@yahoo.fr>

Site web: www.relcof.fr.vu <http://www.relcof.fr.vu/>

Lubumbashi - Province du Katanga

République Démocratique du Congo

CASSE et CRASSE à LONSHI

Violations flagrantes et non respect des dispositions légales et des principes directeurs de l’OCDE.

Rapport n° 11

INTRODUCTION

Le 27 février 2006, les mineurs COMISA (Compagnie Minière de Sakania) de Lonshi, exacerbés par les agissements néo colonialistes et le langage acerbe du belge Michel Sauvenier, leur directeur d’exploitation, pour exprimer leur ras le bol et leur indignation, ces mineurs donc, ont observé unilatéralement un arrêt brusque de travail. En effet ceux-ci ne s’expliquaient pas le comportement de leur directeur qui refusait toute compromission sur quoi que ce soit et avait exclu tout dialogue entre lui et les travailleurs si ce n’est des entretiens intimidants et des mises en garde à peine voilées.

Afin de contraindre les responsables de l’entreprise à faire cas de leurs revendications, ont-ils choisi la seule voie à leur disposition, l’arrêt de travail?

Bien que certains responsables de l’entreprise jouent aujourd’hui aux dames pudiques surprises dans leur toilette, cette situation était prévisible d’autant plus que depuis un certain temps, depuis le mois d’octobre pour être plus précis, des bruits persistants faisaient état d’un malaise professionnel perceptible, d’un climat tendu et de suspicion entre le directeur d’exploitation de la COMISA/Lonshi et les travailleurs y oeuvrant.

En effet, les travailleurs par la voix de leurs délégués syndicaux mis en index par le directeur d’exploitation, s’étaient plusieurs fois plaints du comportement hautain et du langage châtié et acerbe de celui-ci à l’égard non seulement des travailleurs mais aussi des autorités politiques du pays. Bien qu’ils aient privilégié l’esprit de dialogue afin de trouver des solutions aux problèmes posés, M. Sauvenier, le directeur d’exploitation, n’avait jamais voulu accorder la moindre ouverture. Au fil de temps, la situation s’en est allée se dégradant au point qu’on ne pouvait s’attendre qu’à une seule issue, l’arrêt de travail.

Mais pourquoi a-t-on laissé pourrir une situation qui aurait pu facilement être maîtrisée ? Peut-on être si obtus au point de ne pas pressentir le risque d’explosion et le manque à gagner qui découlerait de la confrontation entre employeur et travailleurs? Hélas, à charge des responsables de l’entreprise, il faut noter le manque de lucidité et de bonne volonté alors que les revendications bien qu’en sourdines étaient ouvertes. Même si il s’avère que Sauvenier détienne une grande part de responsabilité dans la situation présente, un geste d’ouverture ou d’apaisement, une réponse ou un début hypocrite de dialogue avec les travailleurs auraient sans nul doute tempéré les ardeurs et calmé quelque peu les esprits. Rien pourtant ne s’y fit. L’obstination et la cécité de son directeur d’exploitation ajoutés au laxisme du Directeur Afrique des opérations de First Quantum Minerals, M. Matt Pascal, valent à la COMISA des éclaboussures qu’elle aurait pu éviter si elle avait su taire à temps opportun le mécontentement et la révolte qui stagnaient dans le milieu des travailleurs à Lonshi.

L’effritement du pouvoir d’achat n’a été que le détonateur d’une révolte qui bouillait depuis longtemps. Les effets secondaires de cet arrêt de travail sont difficilement palpables et épargne quelque peu la COMISA des retombées politico administratives immédiates. Mais il n’en demeure pas moins que c’est un signe qui ne trompe pas. Le siège d’exploitation est mal géré et c’est un signal fort à l’endroit de First Quantum Mineral (FQM) la société mère. Celle-ci devra désormais appliquer des critères rigoureux de sélection pour ses cadres dirigeants destinés aux pays en voie de développement.

Ce qui arrive aujourd’hui à Lonshi n’est que le prélude d’autres remous sociaux aux conséquences désastreuses qui sont à craindre si FQM n’y prend garde. Car aucune des promesses n’a été tenue. Lonshi est toujours confronté aux problèmes de développement sans que FQM ne lève le moindre doigt. Par contre sa filiale jumelle, Bwana Mukubwa Mining installée en Zambie est en pleine expansion (cfr les déclarations du directeur Afrique des opérations de First Quantum Minerals, M. Matt Pascal cité parle Président namibien Sam Nujoma dans « panapress ». Selon Matt Pascal : « First Quantum a investi environ 150 millions de dollars us dans le cadre de ses activités à Bwana Mukubwa Mining et 100 autres millions de dollars pour la construction d’une nouvelle fonderie dans la ville de Mufulira près de la frontière avec la RD Congo. First Quantum dispose actuellement de 100 % des actions dans la mine de cobalt et de cuivre de Lonshi (RDC) près de la frontière zambienne d’où les minerais sont transportés en camions en Zambie pour être fondus et raffinés à Ndola. D’après toujours Matt Pascal, la voix autorisée de First Quantum en Afrique, la production actuelle pour la Zambie est d’environ 80.000 tonnes de cuivre/an et devrait passer à environ 250.000 tonnes d’ici 2007 d’après les prévisions.»

Au crédit de Matt Pascal, on peut lui accorder sa franchise d’avoir mis à nu la politique d’exploitation de First Quantum. Exploiter en RD Congo pour recueillir des fleurs en Zambie. Sinon comment expliquer que nulle part, il ne parle de la production en RDC sauf pour citer des actions First Quantum à Lonshi ? Peut-on dès lors s’étonner que les travailleurs en aient ras le bol et que Lonshi reste toujours cette terre incognita sauf pour les bénéfices de First Quantum ? On aura constaté aussi que ce sont les villes zambiennes frontalières de la RDC (Mufulira proche de Mokambo et Ndola proche de Lonshi) qui tirent des substantiels bénéfices. Où est alors la part de la RD Congo ?

1. SITUATION GEOGRAPHIQUE de LONSHI.

Du nom d’une rivière, la localité de Lonshi est située au fin fond du Sud dans la botte de la RDC, groupement de Kipilingo, secteur des Balala, territoire de Sakania, district du Haut Katanga dans la province du Katanga. Le gisement dont il est question, est situé dans le territoire de Sakania à ± 2 cm de la frontière zambienne et ± 30 cm de Ndola. Lonshi est une mine à ciel ouvert et de facile exploitation mais exige des moyens colossaux pour sa mise en chantier (dixit les spécialistes). Elle est propriété de First Quantum Minerals (FQM) par sa filiale congolaise COMISA (Compagnie Minière de Sakania) depuis le 25 février 2000 par la lettre n°1904/CAB. Min/FKM/DKM/MN/2000 du Ministère des Mines.

Il faut retenir que ce gisement faisait partie de la ZER (zone exclusive de recherches) 54 qui appartenait jadis au patrimoine minier de la SODIMICO. De 1998 à 2000, la SODIMICO avait eu plusieurs contacts avec différents partenaires en vue de son exploitation soit en joint ventures soit en partenariat. C’est ainsi que des pourparlers de partenariat seront entamés entre First Quantum Minerals et la SODIMICO. Malheureusement, celle-ci après le départ des japonais, n’avait plus non seulement de personnalité juridique, mais avait aussi perdu la concession convoitée telle que stipulée par l’arrêté ministériel n°195/CAB-Mines-Hydro/01/2002 du 16 août 2002 paru dans le Journal Officiel d’août 2002 (page 30) et portant établissement et publication de la liste des droits miniers et de carrières en cours de validité, expirés ou annulés depuis 1995. Ensuite selon la loi minière n° 67.231 du 11 mai 1967 portant législation générale sur les mines et hydrocarbures, spécialement en ses articles 40, 41 alinéa b et c, 42 et 43 alinéa c et d (sur proposition des services des mines et après une mise en demeure non suivie d’effet dans les 6 mois, le Ministre ayant les Mines dans ses attributions doit, par arrêté, décider de la déchéance du titulaire des droits découlant d’une concession si toute activité a cessé depuis 3 ans), de ce fait la SODIMICO avait par distraction managériale perdu ses droits sur une concession convoitée. Les analyses ayant conclu à des riches minerais de cuivre, ont incité les responsables de cette entreprise à se lancer dans l’exploitation de cette partie du territoire congolais jadis « terra incognita » et aujourd’hui une cité en pleine expansion (sic)

2. GENESE d’un CONFLIT

Personne au Katanga et encore moins en RDC, ne pouvait prévoir l’importance stratégique qu’acquérra Lonshi telle qu’elle est devenue aujourd’hui. Car Lonshi n’était qu’une bourgade dont les habitants plus proches de la Zambie voisine, n’avaient que des travaux champêtres de survie comme activité principale. Même lorsque les premiers coups de pioche amorcés par les pionniers géologues de First Quantum Minerals avaient commencé à crever le sol « lonshois » rien ne pouvait présager une issue favorable pour cette partie de la République plus rattachée et dépendante de la Zambie comme d’ailleurs toutes les localités frontalières de cette partie Sud du pays.

Et Lonshi, structurellement, administrativement et même politiquement n’avait aucun attrait pour les potentiels industriels ou investisseurs. A cela s’ajoute l’inaccessibilité de cette localité qui n’était pas pour arranger les choses. D’ailleurs pour les engagements, c’est à force des cajoleries que les premiers travailleurs ont foulé le sol de Lonshi.

Lors des études menées avant l’exploitation des mines de Lonshi, des promesses et pas des moindres, dans le cadre de réalisation à caractère social, avaient été faites au Gouvernement :

· Implantation d’un centre médical à Lonshi pouvant desservir non seulement les travailleurs mais aussi les populations environnantes ;

· Désenclavement de la ville de Sakania par la réhabilitation du tronçon routier Ndola-Sakania ;

· Fourniture de semence de maïs et engrais ;

· Aménagement des voies d’accès vers les sites agricoles ;

· Mise en place des projets piscicoles avec plus de 10.000 alevins fournis ;

· Clientèle assurée par l’entreprise après la récolte.

· Construction des infrastructures sociales viables (habitations, écoles, terrains de loisirs, cantines d’approvisionnement)

Mais les pionniers nomades du début ayant cédé leur place aux gestionnaires sédentaires, ceux-ci ont quelque peu freiné l’élan solidaire initial. Si des tentatives timides distractives ont permis l’érection de quelques studios appelés maisons, la réalisation d’un étang piscicole expérimental, on peut sans crainte d’être contredits dire qu’aucun des projets prévus au début de l’exploitation n’a connu un réel début d’exploitation. Les minerais bruts continuent à prendre chaque jour la route de la Zambie voisine sans que les usines de traitement prévues ne soient mises en chantier. Le seul changement qu’on peut remarquer à Lonshi, est la construction des poulaillers dits, à défaut d’autres noms, maisons d’habitation. Ceci et le cloisonnement administratif imposé par le directeur d’exploitation, les intrigues délibérément entretenues, ont élargi le fossé qui a conduit les travailleurs à exprimer leur ras le bol.

Pour les travailleurs, un seul individu est à la base de la tension sociale actuelle qui couve au sein de l’entreprise. Et pourtant, de par sa nationalité, belge, et sa connaissance de la RDC en général et du Katanga en particulier, M. Michel Sauvenier puisque c’est de lui qu’il s’agit, était appelé à jouer un rôle prépondérant entre les investisseurs et les travailleurs et être surtout le véritable vecteur du développement socio-économique de cette partie de la République.

Malheureusement, l’homme a déçu les attentes de part et d’autre. Il s’est révélé plus déstabilisateur et auteur de la détérioration du climat social de l’entreprise. Jouissant des pouvoirs insolents, isolé professionnellement des travailleurs, sa haine viscérale à l’égard des noirs l’a écarté de plus en plus des objectifs sociaux de l’entreprise. L’enthousiasme qui caractérisait les premiers pionniers de Lonshi a cédé place à la désillusion et à l’amertume amère qui risquent d’avoir des répercussions négatives sur le rendement des travailleurs et la production de cette jeune entreprise qui était et qui demeure encore, on ll’espère, un des modèles d’investissement en RD Congo.

En nous référant aux principes directeurs de l’OCDE auxquels ont souscrit le Canada, pays d’origine de First Quantum Minerals et la Belgique, pays dont est originaire son directeur d’exploitation, on retiendra les points suivants en ce qui concerne, l’emploi, les relations professionnelles et les obligations des entreprises. Ces principes directeurs stipulent :

a) respecter les droits de leurs salariés d’être représentés par des syndicats et d’autres organisations légitimes des salariés et engager, soit individuellement, soit par l’intermédiaire d’associations d’employeurs, des négociations constructives avec ces représentants, en vue d’aboutir à des accords sur les conditions d’emploi ;

b) contribuer à l’élimination de toute forme de travail forcé ou obligatoire (12 heures de travail à Lonshi avec un repas insipide et obligatoire) ;

c) de ne pas pratiquer de discrimination envers leurs salariés en matière d’emploi ou de profession pour des motifs tels que la race, la couleur, le sexe, la religion, l’opinion politique, l’ascendance nationale ou l’origine sociale… ;

d) fournir aux représentants des salariés les moyens nécessaires pour faciliter la mise au point de convention collective efficace ;

e) fournir aux salariés et à leurs représentants les informations leur permettant de se faire une idée exacte et correcte de l’activité et des résultats de l’entité ou, le cas échéant, de l’entreprise dans son ensemble ;

f) prendre les mesures nécessaires afin d’assurer dans leurs activités la santé et la sécurité du milieu de travail (eau non potable) ….

g) La première obligation des entreprises multinationales et de se conformer aux droits internes et non de se substituer aux lois et règlements locaux …

Toutes ces recommandations sont contenues dans les principes directeurs de l’OCDE, organisation mondiale mise en place depuis le 14 décembre 1960 et à laquelle les pays occidentaux, dont les pays auxquels appartiennent le First Quantum et Sauvenier, sont membres signataires.

En plus de ces recommandations, l’OCDE insiste le fait que :

« Les entreprises doivent être socialement responsables, c'est-à-dire ne pas seulement satisfaire pleinement aux obligations juridiques applicables, mais aussi aller au-delà et investir "davantage" dans le capital humain, l'environnement….

Même si, à ce jour, la responsabilité sociale des entreprises est principalement promue par de grandes sociétés ou des multinationales, elle revêt une importance dans tous les types d'entreprises et tous les secteurs d'activité, de la petite ou moyenne entreprise (PME) à la multinationale. Les coopératives de travailleurs et les programmes de participation, ainsi que d'autres formes d'entreprises de type coopératif, mutualiste ou associatif, intègrent dans leur structure les intérêts d'autres parties prenantes et assument d'emblée des responsabilités sociales et civiles.

Responsabilité sociale des entreprises: la dimension interne et externe

Les investisseurs, les entreprises et les secteurs d'activité doivent se doter de plus en plus de codes de conduite traitant des conditions de travail, des droits de l'homme et de la protection de l'environnement…Ces dernières années, les investisseurs considèrent l'investissement socialement responsable dans le domaine social et celui de la protection de l'environnement comme une indication fiable d'une bonne gestion interne et externe. C'est ainsi que les pratiques socialement responsables ouvrent une voie permettant de concilier le développement social et une compétitivité accrue.

Au sein de l'entreprise, les pratiques socialement responsables touchent premièrement l'investissement dans le capital humain, la santé et la sécurité, ainsi que la gestion du changement. Les pratiques socialement responsables concernent également les pratiques écologiques responsables ayant trait à la gestion des ressources naturelles utilisées dans la production. Les entreprises apportent en outre leur contribution à l'extérieur de leur structure interne, envers la communauté locale, en fournissant, notamment, des emplois, des salaires, des services et des recettes fiscales. Inversement, les entreprises dépendent de la bonne santé, de la stabilité et de la prospérité des communautés qui les accueillent. Dans ce sens, la responsabilité sociale des entreprises implique un vaste éventail de parties prenantes: partenaires commerciaux et fournisseurs, clients, pouvoirs publics et ONG représentant la communauté locale ainsi que l'environnement. L'une des dimensions externes de la responsabilité sociale des entreprises relève des droits de l'homme…

Malgré ces principes, First Quantum s’est révélé comme étant une entreprise seulement exploitatrice sans que le moindre projet de développement ou d’intégration de la communauté locale ne soit initié. On comprend dès lors pourquoi les travailleurs excédés ont choisi la seule voie susceptible de mettre en exergue le laxisme de FQM à travers son directeur d’exploitation. Qui, qu’on le veuille ou pas, applique la politique lui dictée par la haute direction de First Quantum. Mais que reproche-t-on à Sauvenier ?

a) Que reproche-t-on à M. Sauvenier ?

1° son mépris à l’égard des travailleurs à qui il n’épargne ni harcèlement administratif, ni exactions et encore moins des propos injurieux ; son refus de dialogue avec les travailleurs ou leurs représentants si ce n’est que ceux qu’il manipule pour sauvegarder ses intérêts (flagrance avec les prescrits du Code du travail, titre XII, art.233 et 234, alinéa 1 a.) ;

2° son dédain et son indifférence face au faible pouvoir d’achat des travailleurs ;

3° l’application d’une politique sociale restrictive et l’entretien des taupes au sein de l’entreprise ;

4° le non-respect de la législation sociale en matière du travail et des activités syndicales par l’ignorance intentionnelle du nombre d’heures de prestation fixée par la loi et leur application. Et ce conformément au Code du Travail, à son art. 98 alinéa 4, art. 255 alinéa 1 et 2, et la non applicabilité des retenues syndicales dans le but de décourager les activités syndicales au sein de l’entreprise afin de restreindre la liberté du travailleur aux revendications sociales auxquelles il aurait droit ;

5° des chantages et des intimidations à l’égard des travailleurs entreprenants et intrépides ;

6° des propos discourtois à l’égard des autorités du pays.

 

b) Que disent les travailleurs ?

Max Weber disait « qu’il ne faut jamais commencer par définir, mais parvenir à une définition après avoir étudié des cas précis. »

A la question de savoir pourquoi ils s’en prennent à l’individu Sauvenier et non aux principaux responsables de l’entreprise, les différents travailleurs que nous avons approchés sont unanimes : « Avant l’arrivée de Sauvenier, la COMISA avait mis en place une politique de développement par pallier. C’est à dire qu’au fur et à mesure de l’extension de l’entreprise les infrastructures sociales s’amélioreraient. Les travailleurs des mines recrutés à Lubumbashi, bénéficiaient régulièrement des congés dits «retours en famille. Et les conditions salariales étaient appliquées en fonction des réalités socio-économiques. Il était même prévu l’érection de plus de 350 maisons viables (tel que stipulé dans notre rapport de 2003 sur les conditions sociales des travailleurs de la COMISA/Lonshi).

Si le projet avait connu un début d’application, l’arrivée de Sauvenier a freiné cet élan et renversé les données. Au lieu des logements spacieux promis, ce sont des maisons communément appelées « kalumbeni » ne comprenant qu’une minuscule chambre à coucher, un salon lilliputien qui ne conviendraient même pas à un célibataire. Non seulement ces logements offrent toutes les garanties de l’inconfort et ne répondent aux normes urbanistiques modernes, mais qui pis est elles sont vendues trop chères aux travailleurs, 2.500 dollars us à tempérament. Il n’y a pas meilleure façon de se moquer du travailleur congolais. Et pourtant les premiers logements si elles avaient été mis en chantier n’auraient pas coûté plus de 1.500 dollars us. Les logements actuels sont une honte et une insulte pour les travailleurs que nous sommes.

De plus, les conditions sanitaires ne répondent pas aux normes urbanistiques modernes pour une jeune entreprise. toilettes incommodes et éloignées des habitations, de l’eau impropre à la consommation, refus d’alimenter en électricité le camp des travailleurs alors que celle-ci est disponible à quelques mètres du camp. Ce qui fait que ceux-ci sont privés de confort moderne. Un corps enseignant surchargé (deux classes pour un seul enseignant avant et après midi), bref des conditions de vie qui égalent celles d’un camp de déplacés et de réfugiés ou au pire un camp de concentration nazi à l’apogée du 3ème Reich.

On notera aussi qu’au début de l’exploitation de la mine de Lonshi, les opérateurs bennes par exemple, touchaient un salaire variant entre 600 et 800 dollars pour douze heures de prestation par jour et bénéficiaient d’une collation revigorante offerte par l’entreprise. Aujourd’hui travaillant dans les mêmes conditions ou pires, l’opérateur de benne atteint à peine 200 dollars et se voit refusé la collation qu’il peut amener de chez lui plutôt que de consommer la bouillie infecte faite de soja et de maïs, qui lui offerte par l’employeur.

De plus l’employeur ignore totalement ou fait fi des fluctuations monétaires qui réduisent sensiblement notre pouvoir d’achat. Mais ce qui nous énerve le plus, c’est lorsque Sauvenier déclare haut et fort que nous sommes à l’image de nos dirigeants qui versent plus dans la magouille et qui font montre d’une incompétence congénitale. »

c) Que dit l’employeur ?

Malgré notre insistance et certaines bonnes volontés, il ne nous a pas été possible de rencontrer l’employeur et principalement Michel Sauvenier encore moins le directeur des opérations Afrique de First Quantum. De là à conclure qu’il a une part de responsabilité dans le pourrissement de la situation à Lonshi, il n’y a qu’un pas. Alors qu’ils avaient la chance de sauver encore les meubles et de pas attirer sur eux les feux de la rampe, le directeur d’exploitation, M. Sauvenier avec la bénédiction, cela ne fait aucun doute, de la haute direction, vient de prendre des mesures qui risquent d’embraser la région. Nonobstant la législation en vigueur en matière de travail et de licenciement massif, M. Sauvenier, avec la complicité de certaines autorités en la matière, vient de procéder au licenciement de plus d’une dizaine des travailleurs. Or la majorité de ceux à qui on vient de signifier leur licenciement sont des syndicalistes en mission à Lubumbashi pour la rédaction de la Convention collective, 5 ans après la mise en place des structures de l’entreprise. Bien qu’il y ait beaucoup à redire sur ces licenciements qui violent avec flagrance les prescrits de la loi n°015/2002 du 16 octobre 2002 portant Code du Travail, spécialement en ses articles 62, alinéa 2, points 1, 2 et 3, l’article 68 et l’article 78, alinéa 3., M. Sauvenier a eu un comportement qui frise le sadisme et le masochisme. Non contents d’avoir licencié, tous ceux qui avaient été frappés par cette mesure de licenciement, congolais d’origine, ont été expulsés, endéans les 24 heures, de Lonshi. Ils ont été conduits comme des bêtes de somme jusqu’au poste frontalier de Kasumbalesa comme si Lonshi était une zone franche appartenant en propre à First Quantum comme le fut Hong Kong pour l’Angleterre et les paradis fiscaux pour les grandes puissances. Cette expulsion qui révolte les esprits auraient pu passe inaperçue si Sauvenier n’avait pas poussé le bouchon plus loin. En effet après avoir chassé les maris, les femmes et leurs enfants ont été interdits de soins médicaux et d’approvisionnement à la cantine. Et pourtant Lonshi se trouve sur un territoire national. On comprendrait que les travailleurs aient été ramenés à Lubumbashi, mais pourquoi Kasumbalesa.

C’est donc à juste raison que les que les travailleurs considèrent Sauvenier comme un virus pour l’entreprise. Ils ne s’expliquent pas le blocus érigé autour de cet homme qui est à la base de la révolte observé à Lonshi le 27 février.

CONCLUSION

Quoiqu’on en dise et quelles que soient les raisons que pourraient avancer la haute direction de la COMISA ou de First Quantum la maison mère, le laxisme administratif observé dans la gestion administrative de cette jeune entreprise, l’impassibilité et l’indifférence qui ont caractérisé les responsables à tous les niveaux, et la cécité face aux égarements socio administratifs de Michel Sauvenier, sont à la base du pourrissement des relations socioprofessionnelles entre le directeur de siège et le personnel de cette entreprise minière.

Il est certes vrai que l’extension et l’expansion de l’entreprise ont entraîné des lourdes charges pour elle, mais il n’en demeure pas moins que les promesses et les perspectives du début se sont révélées un mirage. Une entorse flagrante aux principes directeurs de l’OCDE, principes auxquels ont souscrit tous les acteurs de la dégradation de la situation de Lonshi.

Jusqu’à ce jour, Lonshi reste toujours cette bourgade nonchalante terrassée de temps en ntemps par des mastodontes qui transportent des minerais bruts vers la Zambie. Aucune route, sur le territoire national, ne la relie à Sakania, chef lieu du territoire ou à Mokambo ou Kasumbalesa. Alors que les autorités zambiennes ont contraint COMISA à construire une route en terre battue, très bien entretenue et arrosée pendant la saison sèche pour protéger les localités zambiennes de la poussière. Ce fait anodin selon certains constitue une obligation pour les autorités congolaises au passage contraignant et dégradant par la Zambie.

Si pendant que First Quantum exploite les mines de Lonshi, par la Comisa interposée rien n’est fait pour un développement durable et pour surtout prévoir l’après mine, que deviendra cette localité si First Quantum pour des raisons qui lui sont propres déclarait faillite ?

Il appartient à First Quantum à travers la COMISA de prendre des mesures qui s’imposent pour que des sanctions sévères soient prises à l’égard de Sauvenier et que les principes directeurs de l’OCDE soient de strict application. A moins qu’il veuille remettre en question sa crédibilité.

La position géographique de Lonshi peut être un bouclier mais il peut se transformer en linceul pour ses projets futurs. Les perspectives d’avenir pour la 3ème République sont telles qu’il ne sera pas possible de tolérer la colonisation sous quelle que forme que ce soit. Or ce qui se passe à Lonshi, notamment la politique sociale mise en application par First Quantum et son homme à tout faire Sauvenier s’apparente à l’esclavage de triste mémoire qui avait avili l’homme congolais même si les bras des cueilleurs de caoutchouc de l’Ituri ne peuvent se lever et crier vengeance.

Jusqu’à ce jour, aucune structure viable n’a été mise en chantier à Lonshi. Les usines ne sont pas construites, les écoles ne remplissent pas les conditions d’existence (deux classes pour un enseignant), les projets agricoles ne sont que chimères, la localité ne bénéficie en rien de la présence encombrante de First Quantum, aucun personnel expatrié et quelques cadres nationaux ne réside à Lonshi, faute de structure viable de logement et de survie. Tous préfèrent habiter Ndola à 30 cm de la mine plutôt que d’affronter les conditions exécrables de la localité.

Au regard de tout ce qui précède, une seule question : « Qui sauvera Lonshi ? ».

 

Fait à Lubumbashi, le 30 mars 2006.

RELCOF

Autres titres :

A propos de notre article "Tension à la Comisa/Lonshi" réaction d'un agent de la Comisa

Tension à la Comisa/Lonshi : le directeur de siège accusé de pratiques inhumaines et dégradantes

De Bruxelles, l'Union des patriotes militaires congolais lance un appel à tous les militaires

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Revised: April 11, 2006 .