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Cardinal Etsou : "Vous avez laissé ce pays entre les mains des étrangers qui sont en train de le diviser"

25 avril 2006 - Le cardinal Frédéric Etsou a fait sensation dimanche 23 avril 2006 à Kinshasa en appelant, dans une homélie en l’église Saint Joseph de Matonge, les Congolais à récupérer, lors de prochaines élections, leur pays des «mains des étrangers». «Vous avez laissé ce pays entre les mains des étrangers qui sont en train de le diviser», a déploré l’archevêque de Kinshasa sur un ton de reproche, affirmant ne pas faire la politique. «Nous ne faisons pas la politique», s’est-il défendu.

Il a cependant justifié sa prise de position par la conviction selon laquelle «l’Eglise catholique a le devoir de donner un message d’amour, de dialogue et de tolérance en cette période décisive de l’histoire de notre pays». En cela, Etsou s’est fait le relais des évêques de l’Eglise catholique de la Rdc qui, réunis du 27 février au 4 mars 2006 à Kinshasa, ont exhorté la communauté internationale à «s’abstenir d’imposer une issue aux élections».

APPEL AU PATRIOTISME

L’appel de l’archevêque de Kinshasa au patriotisme des Congolais peut s’expliquer par les événements généralement déstabilisateurs qui se succèdent en Rdc. «J’ai dit ce qui se fait», s’est expliqué Frédéric Etsou, en précisant que «l’Eglise catholique ne peut pas être absente de cet aéropage».

Ce n’est pas la première fois que l’Eglise catholique s’invite sur l’échiquier politique. En début d’année, les évêques membres de la Conférence épiscopale nationale du Congo (Cenco), réunis à Kinshasa du 27 février au 4 mars 2006, ont lancé un vibrant appel aux gouvernants, aux acteurs politiques, à la Commission électorale indépendante (Cei), aux professionnels des médias, à la population congolaise et aux agents pastoraux sur le présent et l’avenir du pays.

A l’endroit de la communauté internationale, dont ils ont salué le soutien à la Rdc à travers d’importants efforts financiers et matériels, les évêques catholiques ont exprimé le souhait de la voir «s’abstenir d’imposer une issue aux élections», l’invitant seulement à « soutenir le peuple dans son choix libre de nouveaux dirigeants».

Et, pour faire ce choix, les électeurs doivent éviter de se laisser induire en erreur. «Evitez donc de vous laisser induire en erreur et, plus particulièrement, de soutenir des politiciens pour la seule raison qu’ils appartiennent à votre communauté ethnique», ont-ils averti.

L’AVENIR DE LA RDC

Pour l’Eglise romaine en Rdc, la réussite du Congo nouveau dépend d’un certain nombre de facteurs, dont la «construction d’un sentiment national fort mais bien au fait des enjeux économiques et politiques actuels de la globalisation». D’où, la nécessité d’une prise de conscience collective sur ce que les Congolaises et Congolais ont le devoir de faire afin de transformer en acier les pieds d’argile avec lesquels chemine le pays depuis plusieurs années.

La République démocratique du Congo sera, selon les analystes, ce que ses fils et filles sont capables d’en faire aujourd’hui. A commencer par les acteurs politiques, entendus comme des leaders nationalistes et honnêtes, qui ont, entre autres missions, de promouvoir la paix, l’amour du bien commun et la vérité ; en s’abstenant d’attiser la haine et la division au sein de la population pour des intérêts égoïstes.

A ce propos, le préambule de la Constitution du 18 février 2006 est suffisamment explicite quant aux aspirations du peuple congolais. Celui-c considère, en effet, que l’injustice avec ses corollaires, l’impunité, le népotisme, le régionalisme, le tribalisme, le clanisme et le clientélisme, par leurs multitudes vicissitudes, «sont à l’origine de l’inversion générale des valeurs et de la ruine du pays».

Dès lors, pour bâtir un Etat de droit ainsi qu’une nation puissante et prospère au cœur de l’Afrique, les Congolais doivent demeurer «unis» autour de nobles idéaux que sont la liberté, la fraternité, la justice, la paix et le travail.

Ce message, divers émissaires de la communauté internationale ne cessent de le rappeler aux dirigeants et au peuple congolais. «Ni l’engagement de nos partenaires, ni la solidarité naturelle et profonde africaien ne pourront régler le problème si les Congolais eux-mêmes n’ont pas la volonté de dialoguer pour le résoudre», a fait savoir l’Union africaine par la voix de l’ancien chef d’Etat malien, Alpha Oumar Konaré, lors de son séjour à Kinshasa du 17 au 19 avril 2006.

La Rdc doit donc cesser de donner l’impression d’être dirigée à partir des capitales européennes et américaine. Aux négociations politiques intercongolaises, rappelle-t-on, des voix s’étaient élevées pour dénoncer une «main étrangère» dans l’élaboration de l’Accord global et inclusif ayant sanctionné la fin des travaux.

Et lorsqu’il s’est agi de la Constitution de la IIIème République, des accusations ont aussi fusé de partout, au motif que le projet aurait été «élaboré à l’étranger», quoique des missions sénatoriales aient été déployées à l’intérieur du pays pour des consultations populaires sur la question.

D’autres personnalités congolaises, non contentes de n’avoir pas trouvé leur compte dans le partage des responsabilités au sein des institutions de la transition, ont stigmatisé des «manœuvres dilatoires» de la communauté internationale pour justifier leur «exclusion». Des noms, à l’instar de celui d’un ancien ministre belge des Affaires étrangères devenu commissaire européen en charge du Développement et de l’Aide humanitaire, ont même été cités comme étant les «véritables chefs du Congo».

Aujourd’hui encore, à quelques mois de l’organisation des scrutins, des débats télévisés autour de certaines «affaires» et «dossiers sensibles» feraient craindre, de l’avis de certains intervenants, l’élection à la magistrature suprême de tel ou tel autre candidat suspecté d’être «l’homme des Occidentaux».

Ainsi pourrait se comprendre le message du cardinal Etsou, appelant le peuple congolais à ne pas laisser le pays «entre les mains des étrangers qui le divisent».

Source : Le Potentiel

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Revised: April 25, 2006 .