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Jour « J-25 » de la fin de la transition : le gouvernement toujours insensible à la misère des millions de Congolais 

04 juin 2005 - La République Démocratique du Congo sera durant ce mois de juin 2005 un pays où tout pourrait arriver, le meilleur comme le pire. La raison? A peine quelques milliers, parmi les soixante millions de congolais, peuvent prétendre vivre décemment. Malheureusement, ceux qui sont au pouvoir semblent aveugles et insensibles aux pleurs et aux cris de détresse des millions de leurs compatriotes. Amateurisme? Aventurisme? Ivresse du pouvoir, de l’argent et des biens matériels? Inconscience? Mauvaise foi? Cynisme? Ou… la conjugaison de tout cela? N’est-il pas temps de tirer la sonnette d’alarme? De partout, dans les bidonvilles, dans les villages, la grogne ne cesse de monter. Le nombre de ceux qui n’ont plus rien à perdre n’a jamais été aussi grand. Des millions des morts en sursis. « Un cadavre a-t-il peur de pourrir? »

Une vraie fracture s’est créée au Congo : d’un côté la clique des apparatchiks soutenue par une cohorte de courtisans et de membres de familles, de l’autre tous les millions de laissés pour compte : enfants de la rue, militaires et fonctionnaires mal payés ou pas payés du tout, paysans réduits à un mode de vie préhistorique, jeunesse non scolarisée, angoissée et sans horizon. Des damnés poussés au bord du désespoir. Ainsi déçu, désabusé et révolté, le congolais a gravé dans son subconscient, comme un logiciel en boucle, la date du 30 juin 2005. Et plus cette date approche, moins il est difficile de deviner ce qui se passe dans la tête de chacun des millions de congolais clochardisés par la non gouvernance.

Abandonné par ses dirigeants, le Peuple congolais peut compter sur ses fils partis du pays. Réunis en congrès à Bruxelles du 13 au 16 mai dernier, les congolais vivant à l’étranger ont fait une analyse sans complaisance de la situation de leur pays. Et les résolutions prises à cette occasion ont été claires. En fait, elles n’ont été que le prolongement de l’expression d’un peuple laminé, exploité, méprisé. Un déclic s’est produit dans la communauté congolaise de l’étranger : Non seulement une prise de conscience collective d’obtenir un changement au pays s’est imposée, mais surtout une détermination à ne pas abandonner l’ouvrage en chemin, a vu le jour. Traités par certains pays voisins de « BMW » (Beer, Music en Wife : des gens qui ne sont que dans la bière, la musique et les jupons!), les congolais vivant à l’étranger ont décidé de relever le défi. C’était une poignée d’individus au début. Mais depuis, le siège du congrès situé à 1000 Bruxelles ne désemplit pas : réunions, séances de travail, concertations, stratégies, contacts, mise en commun des moyens matériels et financiers. La solidarité légendaire des congolais qui n’était que slogan devient de plus en plus une réalité.

En exécution de leurs résolutions, ce 1er juin, les congressistes de Bruxelles ont démarré la série d’actions destinées à faire partir pacifiquement le système « 1+4 ». En voici une liste non exhaustive et non chronologique :

- circulation d’une pétition pour la collecte de signatures soutenant les résolutions du congrès et désavouant le pouvoir en place. 
- lobbying auprès de différentes chancelleries et Institutions Internationales pour plaider la cause du peuple congolais. 
- révision et adaptation au contexte actuel de l’acte constitutionnel de transition issu de la CNS (Conférence nationale Souveraine), qui doit régir la période allant du 1er juillet au 31 décembre 2005 
- à des dates déjà déterminées, déchéance prévue puis remplacement des actuelles institutions du pays et leurs animateurs : parlement, gouvernement, président et vice-présidents, au cas où ceux-ci ne démissionnent pas avant, et de leur plein gré. 
- publication du programme de gouvernement pour la période allant du 1er juillet au 31 décembre 2005 
- finalisation de la liste des personnalités pressenties pour animer cette courte période électorale. 

Grâce à l’explosion des télécommunications, le monde n’est plus ce qu’il était. On peut bien être au pôle nord et diriger différentes actions au Congo.   En même temps qu’il y a toutes ces actions, au niveau de Bruxelles, il se remarque un regain d’activités à l’intention de la communauté congolaise. Selon des sources dignes de foi, le pouvoir de Kinshasa fait tout pour créer la diversion au niveau de la communauté congolaise de l'étranger en commanditant différentes actions : conférences, rencontres, manifestations culturelles. Sans compter le ballet incessant à Bruxelles des barons du pouvoir. Cela suffira-t-il pour maintenir à flot le bateau « 1+4 » qui prend l’eau de toutes parts?   Des articles sont même parus ces derniers jours dans la presse belge ayant l’air de prendre fait et cause pour le système en place, diabolisant au passage tout ce qui pourrait faire tanguer le navire « 1+4 ».   

SCENARII POSSIBLES   

Que se passera-t-il finalement? Trois cas de figure s’offrent actuellement : 
a) La foule en colère descend dans la rue, rase tout sur son passage, et l’anarchie s’installe. Les ennemis du peuple congolais n’agitent que cette éventualité, cherchant ainsi à justifier leur maintien à la tête du pays. 
b) Les différentes forces de l’opposition et de la société civile préparent un scénario crédible de passation de pouvoir étalé sur plusieurs jours : 
- Encadrement du peuple à la base, mise en place des comités de rues, des quartiers, de communes en ville. Et en milieu rural, renforcement de l’autorité moral des chefs coutumiers ainsi que des notables des villages. 
- Mutatis mutandis, mise en place des comités populaires des communes et des districts. - Plébiscite et désignation des animateurs de la courte période post « 1+4 » : Président de la République, Premier Ministre, équipe gouvernementale, parlement réduit à cent personnes au maximum. 
- Plan gouvernemental de résolutions des problèmes sociaux urgents.

c) Démission des actuels animateurs de la transition et passation de pouvoir avec une nouvelle équipe ayant la confiance du Peuple, négociations franches pour la sortie de scène.

Connaissant la roublardise de ce qui nous sert de classe politique, ce ne serait pas sorcier d’affirmer que sentant le vent tourner, bien d’animateurs de la transition se préparent déjà à retourner leurs vestes? Que ce soit dans l’espace présidentiel, au gouvernement ou au parlement, bien de gens n’ont -ils pas déjà pris langue avec ceux qui pourraient diriger l’après « 1+4 »? Ils ont peur de sombrer seuls dans un navire en perdition? La fin, en exil et dans l’isolement, du Maréchal Mobutu, devrait servir de leçon à l’actuel Président de la RD Congo? Jusqu’à quelques heures de la fin de son règne, l’ancien Président du Congo avait encore des gens pour lui raconter des salades sur son maintien au pouvoir. En ce moment, son actuel successeur a aussi autour de lui, des courtisans qui s’en mettent plein les poches, courbettes et sourires hypocrites à l’appui.   Depuis 2004, les animateurs actuels pensaient déjà à la prolongation de la transition. Les avertissements de l’opposition et des organisations de la société civile n’y ont rien fait. Pire avec les tueries du 10 janvier 2005, de signaux très claires d’en finir avec la transition auraient dus être émis. Cela n’a pas été le cas. Face à la détermination du Peuple, il aurait fallu avoir le courage de prononcer le mot démission.  

Cheik FITA

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