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Les Evêques de Belgique envoient un message d'encouragement à leurs confrères du Congo

24 mai 2006 - "Évêques d'un petit pays, nous nous sentons aussi très petits en mesurant les défis que vous devez relever dans votre immense pays. Nous nous sentons petits, surtout devant la souffrance que votre pays a endurée. Certes, nos silences dans le passé étaient souvent l'expression du respect et de la discrétion avec lesquels on participe au mystère de la souffrance et de la mort de tant d'innocents...", écrivent les Évêques de Belgique à leurs confrères du Congo. Ci-dessous, le texte intégral de la lettre.

Conférence épiscopale de Belgique
Bruxelles, le 22 mai 2006

Son Excellence L. Monsengwo-Pasinya
Président de la Conférence épiscopale Nationale du Congo
B-P. 3258 Kinshasa/Gombe

Excellence,

A l'approche des élections en République démocratique du Congo, la Conférence des évêques de Belgique tient tout particulièrement à vous témoigner son soutien et l'assurance de sa prière à tous ses frères dans l'épiscopat de la Conférence épiscopale Nationale du Congo. Dans cette optique, elle souhaite vous adresser la présente lettre.

Recevez, Excellence, l'assurance de mes sentiments dévoués dans le Christ.

Etienne Quintiens
Secrétaire de la Conférence épiscopale de Belgique

*** *** *** *** *** *** 

Malines, le  22  mai  2006

Aux évêques de la République Démocratique du Congo

Chers frères,

À l'approche des élections en République démocratique du Congo, la Conférence des évêques de Belgique tient à vous adresser la présente lettre. Non seulement comme expression de communion intense avec vous, nos frères dans l'épiscopat, mais à travers vous comme un signe de proximité et de solidarité avec tout le peuple  congolais et, d'une façon particulière, avec l'Église qui vit au Congo.

À vrai dire et en empruntant l'expression chère à l'apôtre Paul, c'est " avec crainte et tremblement " que nous vous écrivons. Évêques d'un petit pays, nous nous sentons aussi très petits en mesurant les défis que vous devez relever dans votre immense pays. Nous nous sentons petits, surtout devant la souffrance que votre pays a endurée. Certes, nos silences dans le passé étaient souvent l'expression du respect et de la discrétion avec lesquels on participe au mystère de la souffrance et de la mort de tant d'innocents. Mais elles étaient aussi l'expression d'un sentiment d'impuissance, peut-être même de découragement, devant une situation qui, depuis des décennies, ne faisait que se dégrader. Pourtant, vous ne vous êtes pas découragés ! Avec une ténacité admirable, vous avez continué à espérer et à lutter, conjurant toujours toute attitude  de fatalisme.

Aujourd'hui, nous tenons à vous dire  que votre espérance est aussi la nôtre et que nous nous associons de tout cœur  à votre combat.  Dans le message du Comité permanent de votre Conférence épiscopale nationale du 3 mars dernier, vous écriviez : " tant d'années après l'accession de notre pays à la souveraineté internationale, nous estimons que notre peuple ne mérite guère de continuer à porter ce lourd fardeau d'incertitude du lendemain, d'insécurité grandissante et de misère intolérable ". C'est également notre conviction profonde et c'est pourquoi nous vivons avec vous, chers confrères, et avec toute le peuple congolais, " l'espérance d'aboutir enfin à l'instauration d'un véritable État de droit ".
Les prochaines élections constituent à la fois le premier pas décisif de ce processus et le symbole éloquent de la volonté de tout un peuple à tourner le dos aussi bien à la dictature qu'à la prise de pouvoir par les armes. Évidemment, les élections ne sont pas une solution miracle à tous les problèmes et aux maux qui ont miné le pays pendant si longtemps.  Déjà, les défis à relever dans la dernière phase, depuis fin 2002, étaient énormes : la pacification du pays, le rétablissement de l'intégrité du territoire, la réconciliation nationale, la reconstruction de l'autorité de l'État, l'adoption d'une constitution démocratique avec des élections libres et transparentes, tout cela comme base de la reconstruction de fond en comble de ce " géant de l'Afrique ".
Même si plusieurs de ces tâches sont encore loin d'être réalisées, des pas importants ont été accomplis. La manière dont le récent référendum constitutionnel s'est déroulé est un signe incontestable d'espoir et a suscité, à juste titre, l'admiration de la communauté internationale. Nous y voyons une expression supplémentaire de la détermination des  Congolais à prendre leur destin en main. Comme le souligne votre message à l'occasion du 45e anniversaire de l'indépendance de la RDC : " l'avenir du Congo dépend de son peuple ".

Si les défis de la phase ultime de la transition sont énormes, ceux qui attendent la IIIème République, après les élections, ne le sont pas moins. Nous sommes impressionnés  par le réalisme, la sagesse et la perspicacité avec lesquelles vous analysez la situation, depuis des années, et présentez aux différents acteurs des suggestions concrètes pour progresser.

Nous voulons nous associer, plus particulièrement, aux messages que vous avez adressés, à différentes reprises, à la communauté internationale. Avec vous, nous saluons les efforts financiers et matériels très importants, qui ont été consentis et déployés pour le soutien à la R.D.C. et à la sécurisation du pays, surtout en cette période d'élections.  Mais, avec vous, nous sommes conscients du danger que ce soutien international n'entraîne des tentations de mise sous tutelle ou d'imposition de choix qui ne sont pas ceux du peuple congolais, dont la souveraineté, en dépit de sa fragilité actuelle, doit être absolument respectée. Avec vous, nous lançons un appel à tous les pays, dont le nôtre, qui veulent soutenir réellement la RDC et la région des Grands Lacs, à s'abstenir de tout ce qui favorise le commerce des armes légères dans la région et à renforcer le contrôle des ventes de ces armes qui se poursuivent.

Nous croyons pouvoir vous adresser également ce message de communion au nom des milliers de Congolais qui vivent parmi nous et au nom de nombreux compatriotes, dont un nombre important d'origine congolaise, qui sont tous très proches du peuple congolais dans sa lutte courageuse en vue d'une vie digne et libre. Une longue histoire mouvementée a lié nos deux peuples. Même si notre pays est encore loin d'avoir  assumé, en toute sérénité, son passé colonial et si les démons du néocolonialisme  sont toujours prêts à se réveiller, il est certain qu'à travers les courbes de notre histoire commune, un message de sympathie et d'amitié se dégage.

Il est impossible d'établir une statistique de tous les chrétiens, communautés, paroisses, organisations de solidarité et missionnaires, congrégations religieuses qui s'engagent de mille et une manières pour " la cause du Congo et de ses habitants ". Mais une chose est certaine : ils sont nombreux. En privé, sur une petite échelle ou dans de vastes campagnes, dans le  silence de la prière ou sur la place publique et à travers les médias, ils donnent vie à la solidarité et à l'amour qui nous unissent.  Sans ce vaste mouvement d'Église, nous ne pourrions pas vous écrire ce message de communion, qui se veut en même temps un encouragement pour notre propre Église locale.
À travers vous, nous nous adressons également à ceux et celles qui, envoyés comme missionnaires laïcs, religieux ou prêtres par notre église locale, partagent les joies et les peines de l'Église au Congo et de toute sa population. Nous sommes heureux que plusieurs d'entre eux jouent un rôle important, précisément dans l'action de l'Église en RDC pour l'avènement d'un État de droit.

La communion entre nos deux Églises sœurs s'est concrétisée également par votre apport à notre église locale. Dans un grand nombre de nos paroisses, surtout dans les grandes villes, les Congolais et les Belges d'origine congolaise sont très impliqués, comme le levain dans la pâte en quelque sorte. Beaucoup de prêtres, issus de votre Église locale, rendent un excellent service dans la pastorale. La célébration eucharistique, selon le rite pour les diocèses du Congo, est également un don précieux dans nos diocèses et en différentes occasions.
Des prêtres Fidei donum également ou d'autres missionnaires belges ayant vécu chez vous la réalité des communautés ecclésiales vivantes, les ministères laïcs, le catéchuménat, l'importance de la Bible dans la formation des communautés, etc., apportent, dès leur retour au pays, un souffle vivifiant. En effet, au moment où notre Église cherche, non sans difficultés, un nouveau souffle dans la société radicalement sécularisée qui est la nôtre, l'apport de l'expérience de chrétiens et de pasteurs qui ont grandi dans la foi sous d'autres cieux est précieux.  Les chrétiens venant d'un contexte où le choix personnel et le témoignage sans complexes ont beaucoup plus de poids, sont particulièrement estimables dans notre Église, éprouvant des difficultés à trouver une alternative à l'époque de la chrétienté où l'appartenance chrétienne était presque une évidence sociale.

Chers frères, dans votre message du 3 mars 2006 " Pour un Congo nouveau ", en reconnaissant votre situation dans celle du peuple de la Bible après l'exil, vous rappelez les paroles de Néhémie : " Vous voyez la détresse où nous sommes : Jérusalem est en ruines, ses portes sont incendiées ! (…) Levons-nous ! s'écrièrent-ils et construisons ! Et ils  affermirent leurs mains pour ce bel ouvrage " (Né 2, 17-18).

Pendant cette année pastorale consacrée à la prière, nous invitons toute l'Église de notre pays à découvrir davantage la force et la grâce de la prière. Dans la prière, en présence du Dieu vivant, nous vivons notre communion la plus intense.  Unis avec vous, nous prions et nous invitons tous les chrétiens à prier pour cette reconstruction que vous entamez. Que le Dieu d'amour vous guide et fortifie vos mains. Nous prions avec vous dans la confiance pour qu'ensemble, nous puissions chanter :   " Ceux qui sèment dans les larmes moissonnent en chantant " (Ps 126,5).

Veuillez accueillir ce message, surtout et en premier lieu, comme l'expression de la communion entre nos deux Eglises sœurs, la grande sœur n'étant pas dans ce cas celle qui est née la première !

(s) Vos frères évêques de Belgique

Source : Cenco.cd

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Revised: May 24, 2006 .