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Forrest use de mensonges pour perpétuer l'absence de transparence dans ses opérations au Congo

08 juin 2006 - Le rapport Lutundula était l’occasion d’un débat, mais personne n’en a voulu; ceci est l'avis de plusieurs observateurs. Dans l'entre-temps, la tension monte sur le terrain, à cause des centaines de milliers de mineurs artisanaux qui meurent chaque jour par dizaines et qui commencent à constituer des milices armées. "Lorsque la guerre des sans-emploi se sera généralisée, toute la société regrettera d’avoir raté l’occasion d’un débat de clarification qu’offrait le rapport de la Commission Lutundula", affirme un l'un des observateurs. Ce rapport devait tout au moins favoriser le droit à l’information et l’obligation de la bonne gouvernance, par un examen critique de l’économie de guerre et de prédation. C’est au moment où l’on désespère d’éviter des noces de boue à la mariée de la Troisième République, qu’on assiste à une vaste campagne de désinformation et de statu quo. La bataille se déroule aussi en Belgique où George Forrest et de Kinross Forrest Limited attaquent en justice l’ONG britannique RAID (Right and Accountability in Development) et deux ONG belges, Broederlijk Delen et Koepel Van De Vlaamse Noordzuidbeweging 11.11.11. Toute la logique de ce procès est que désormais il faudrait soumettre à M. Forrest les projets d’articles et de rapports avant de les rendre publiques. De plus, l’accusation est truffée de déclarations inexactes à caractère démagogique et colonialiste, gravement méprisant pour les Congolais et de leur gouvernement.

De quoi s’agit-t-il? Les ONG accusées ont envoyé un « Mémorandum concernant la bonne gouvernance et la transparence dans le secteur minier en République Démocratique du Congo » au CIAT, à la Banque Mondiale, et au Gouvernement de transition. Elles ont déploré la conclusion préjudiciable de contrats en citant le cas de deux contrats liant la Gécamines à Kinross Forrest Limited et à GEC. Il s’agissait du bradage de la Gécamines que tout le monde connaît. Mais il appartenait logiquement à tous ces destinataires de réagir en premier. Et même, le gouvernement aurait dû jouir de ses prérogatives pour vérifier le bien fondé des recommandations lui formulées et, à cette occasion, il aurait été demandé aux ministères de tutelle, à la Gécamines et à Kinross-Forrest de s’expliquer. Jamais un débat ne pouvait être ouvert entre Kinross-Forrest et ces ONG. C’est donc une grave violation de notre souveraineté nationale que vient de commettre Forrest et Kinross Forrest Limited en court-circuitant le destinataire public congolais et en interférant dans ses prérogatives pour l’assujettir à l'opinion d'un petit juge belge. De même, l’exigence des deux plaignants pour censurer le mémorandum est une autre forme de violation de la souveraineté congolaise dans la mesure où notre gouvernement n’a pas besoin d’intermédiaires et doit traiter directement ses propres affaires avec les personnes qui s'adressent à lui.

George Forrest qui n’a pas été cité dans le mémorandum (car les contrats sont GEC et Kinross Forrest Limited) profite de ce dossier pour se prétendre victime de médisances et prétexter qu'il aurait été lavé de tout soupçon devant 4 instances. Cette affirmation est quatre fois mensongère. 

1. La Commission sénatoriale belge « Grands Lacs » dans son rapport du 20 février 2003 n'avait pas du tout lavé Forrest dans la mesure où elle n'avait pas terminé son enquête et qu'elle n'avait pas jamais obtenu les dossiers d’accusation du Panel de l'ONU. Pour rappel, Forrest avait été soupçonné d'affaiblir intentionnellement la Gécamines pour s'emparer de Kolwezi. Ces soupçons de 2002 ont finalement été vérifiés après l’enquête belge, en 2005, avec la conclusion du contrat de KFL sur Kamoto et Luilu. Néanmoins, la Commission sénatoriale avait fait examiner par le cabinet d’avocats d’affaires Janson et Baugniet l’ensemble des contrats qui existaient en 2002 entre le groupe Forrest et la Gécamines. Les avocats y avaient relevé " la faiblesse de la Gécamines dans les négociations", ce qui qualifie clairement le caractère léonin et déséquilibré des contrats conclus avec un partenaire dont on a abusé parce qu’ il ne savait pas défendre ses intérêts.

2. Le Groupe d’experts de l’ONU (dit Panel) sur l’exploitation illégale des ressources naturelles et autres richesses de la RD Congo dans son rapport du 15 octobre 2003, n'avait pas du tout lavé Forrest. Ni lui ni son groupe ne figurent parmi les 48 individus et entreprises qui ont été définitivement lavés. Bien au contraire, George Forrest, Entreprise Générale Malta Forrest/Belgique, Entreprise Générale Malta Forrest/Congo, Groupe George Forrest/Belgique et George Forrest International Afrique/Belgique avaient été placés dans une catégorie spéciale de suspects qui devaient ester sous la surveillance du Point de Contact National de l'OCDE en Belgique. Il faut noter que

3. Le Point de Contact national belge de l’OCDE dans son communiqué de presse du 8 novembre 2005 n'avait pas lavé Forrest. Dans cette affaire, les ONG avaient accusé Nami Gems, Cogecom, Belgolaise et Forrest George International SA. Les ONG accusatrices étaient nombreuses, à savoir : 11.11.11, GRESEA, Attac Vlaanderen, Broederlijk Delen, CADTM, Cetri, Greenpeace, Gresea KBA-FONCABA, Oxfam Solidariteit, Pax Christi, Proyecto Gato, RAID, Volens, CENADEP. Malgré le monitoring demandé par le Panel de l'ONU, Forrest avait commencé par nier la compétence du Point de Contact parce que ses affaires sont en RDC et que le Congo n'est pas membre de l'OCDE. Mais il a finalement reconnu la compétence de l'OCDE et il s’est engagé à respecter les règles internationales. C’est ainsi que le communiqué a pu dire : " le PCN a pris acte de la volonté de Monsieur Forrest au nom de son groupe de poursuivre dans les entreprises, où il est actionnaire, fût-il minoritaire, et dans tous les conseils d’administration où il siège, la promotion et la défense des Principes directeurs de l’OCDE".

4. La Commission Lutundula, chargée de l’examen de la validité des conventions à caractère économique et financier conclues pendant les guerres de 1996-1997 et de 1998 de l’Assemblée nationale de la RD Congo n'a pas du tout lavé Forrest. La Commission a demande la renégociation des contrats Forrest. Elle a été très explicite sur le fameux mémorandum des ONG, en dénonçant sans appel le même contrat léonin en es termes : " Il convient d'étendre le mandat de la Commission Spéciale à la période de transition. La Commission recommande « d’éviter de dépouiller la Gécamines des équipements et gisements qui constituent l’épine dorsale nécessaire à sa relance et […] d’arrêter toutes négociations en cours... sur (1) la mine de Kamoto; (2) le concentrateur de Kamoto; […] (6) les gisements de Kamoto, Kov, Mashamba, Est et Ouest et de Kananga".

Il existe un cinquième mensonge. Forrest décline son identité comme "résident au Congo". En s'en prenant à ceux qui réclament « la transparence dans le secteur minier du Congo », les plaignants devraient tout au moins nous établir qu'ils ont été transparents dans l'affaire Gécamines/Kamoto. En effet, pas plus tard qu'en novembre 2005, Forrest avait été sermonné en ces termes. « Le PCN recommande au groupe Forrest de communiquer de façon régulière des informations fiables et pertinentes concernant leur activité, leur structure, leur situation financière et leurs résultats dans les conditions prévues conformément au chapitre III des Principes directeurs de l’OCDE ». Ces informations doivent être fournies pour l'entreprise dans son ensemble et, s'il y a lieu, par secteur d’activité ou zone géographique". Il est significatif que George Forrest n'a jamais publié les résultats financiers de son groupe au moment où Forrest a son domicile légal au Congo et que c’ est la RDC qui représente l’origine, l’essence et l’avenir du groupe. Quant à Kinross Forrest Limited, c'est une société off shore des Iles Vierges Britanniques. KFL a dissimulé sur la place congolaise, sa structure et les négociations secrètes imposées à la Gécamines. Le Congo a le droit de savoir par qui il est bouffé, quand et comment. Cela s’ appelle la transparence que les ONG réclamaient et que le procès vise à frustrer le public congolais.

Hilaire Kashala

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Revised: June 08, 2006 .