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Les Kinois encore traumatisés par les violents affrontements armés du 22 et 23 mars

6 avril 2007 - Les habitants de Kinshasa, on le sait, ne se sont pas encore complètement remis des scènes de guerre dont la capital a été le théâtre jeudi 22 et vendredi 23 Mars derniers. Les sources tant hospitalières, humanitaires que diplomatiques s’accordent pour reconnaître que les combats auraient fait plus de 500 morts et plusieurs centaines de blessés. Durant plus de 24 heures en effet, plusieurs quartiers de Kinshasa s’étaient transformés en un véritable champ de bataille : d’un côté la garde prétorienne de Joseph Kabila appuyée par des soldats angolais qui auraient été aperçus à Kinshasa pendant les affrontements. L’on sait aussi qu’au moins un avion iliouchine servant à des transports des troupes angolais s’était posé jeudi 22 Mars 2007 à l’aéroport de Ndjili. De l’autre, les militaires commis à la garde de Jean Pierre Bemba.

La commune de Gombe où se sont concentrés les principaux combats à la kalachnikov et à l’arme lourde, porte encore à ce jour les stigmates des affrontements. Plusieurs bâtiments, à commencer par la résidence de Jean Pierre Bemba, ont été attaquées puis pillées et la croix rouge y a fait une collecte macabre, plusieurs cadavres des combattants, dont certains portaient les signes d’une exécution sommaire.

On sait aussi aujourd’hui que les civils ont payé un lourd tribu dans ces affrontements, tant les tirs étaient nombreux et imprécis.

Aujourd’hui, plus d’une semaine après les faits, il y a lieu de se poser la question de savoir pourquoi le président Joseph Kabila a-t-il préféré attaquer Jean Pierre Bemba. Cette question, tous les congolais qui suivent l’actualité de notre pays au quotidien ainsi que plusieurs observateurs étrangers se la posent aussi, y compris les faiseurs de Kabila eux-mêmes. A preuve cette mise en garde que les ambassadeurs de l’Union européennes en postes à Kinshasa avaient lancée à Joseph Kabila au lendemain de cette guerre de la Gombe. Ces derniers avaient eu à exprimer «     leur indignation à la suite de graves affrontements qui ont opposé les 22 et 23 Mars derniers la garde de JP Bemba et de celle Joseph Kabila et avaient déploré, dans une déclaration commune lue par Karl-Albrecht Wokalek (ambassadeur d’Allemagne dont le pays préside l’Union européenne), « la perte de nombreuses vies humaines, parmi lesquelles de nombreux civils, ainsi que le recours prématuré à la force, alors même que toutes les voies de la négociation n’étaient pas encore épuisées ».

Le moins que l’on puisse reconnaître à cet effet est que cette flambée de violence risque d’infliger un coup sévère au délicat et fragile processus démocratique en cours dans notre pays comme l’indiquaient les ambassadeurs européens en poste à Kinshasa.

La volonté de faire la guerre à Jean Pierre Bemba, qui se trouve être le chef de fil de l’opposition issue des élections de juillet et octobre 2006, pose tout naturellement la question de sa motivation réelle qui semble bien au-delà des impératifs sécuritaires tels que clamés par le pouvoir, surtout qu’on sait que le gouvernement Kabila ne s’est jamais empressé à sécuriser les Congolais insécurisés par les éléments de Nkundabatware à l’Est du pays et par l’occupation surprenante d’une partie du territoire national par l’Angola et la Zambie. Cette question vaut la peine d’être posée pour au tant qu'il est de notoriété publique que les partis politiques africains, en général, et congolais, en particulier, tiennent, d'habitude, plus à la figure de leurs chefs qu’à une structure politique ordonnée, ou à un certains nombre de principes. De l'avis des observateurs, ce recours à la force de la part du président Kabila aurait obéi à un certains nombre des critères, parmi lesquels la volonté de nuire à l’intégrité physique, sinon politique, de Jean Pierre Bemba à l’instar de ce que le président Dos Santos avait fait de Jonas Savimbi, il y a quelques années.

Pour ces observateurs, en optant pour un coup de force, le président Joseph Kabila entendait bien satisfaire un agenda caché : il aurait cherché à régler des comptes à Jean Pierre Bemba qui se trouverait aujourd’hui être coincé dans une disjonction exclusive : soit accepter la mort s'il reste à Kinshasa, soit aller en exil. Cette façon de faire du président Kabila ressemble très fort à ce que l’on pourrait appeler «    la savimbisation de Jean Pierre BEMBA ». En clair, il s’agirait de décapiter l’opposition en éliminant soit physiquement soit politiquement son chef de sorte à mettre en route un pouvoir autocratique à la rwandaise ou à l’angolaise. Il sied de signaler ici que tant le président angolais que rwandais sont des alliés de Kabila. Ce dernier étant même réputé plus proche. L’enjeu pour le pouvoir de Kinshasa serait à peine voilé : il consisterait, sans doute, à conforter la tentation hégémonique qui transparaît déjà de ses premiers mois d’exercice du pouvoir et à résorber sa difficulté à laisser exister une opposition digne de son nom, étant entendu que l’existence d’une opposition forte mettrait à mal son élan hégémonique.

Deux faits permettraient cette lectures des choses : d’une part, le harcèlent et les menacent en cours contre les journalistes dont les rédactions sont plus ou moins proches de l’opposition. Il y a à ce jour à Kinshasa une chasse à l’homme dans la communauté journalistique qui ne laisse plus personne indifférent. Cela étonne d’autant plus qu’il n’est pas facile d’envisager une démocratie sans garantir le droit à la libre opinion ainsi que la liberté de la presse. « Pourquoi, des lors orchestrer une traque des journalistes et autres membres de l'opposition pour les réduire au silence de sorte à mettre en route les jalons d’une pensée monolithique et un pouvoir autocratique. », se demande-t-on. « D’autre part, comment comprendre la complaisance avec laquelle Monsieur Kabila traite le général déchu, Nkundabatware, qui, plus est sous le coup d’un mandat d’arrêt international. ». se demande-t-on encore. Ce dernier non seulement sème la désolation dans l’Est du pays, mais il se permet aussi de prendre part dans des cérémonies officielles à l’est du pays où on l’a dernièrement vu à côté du général John Numbi.

Abbé Paul Iwanga Kayita,
Membre du FRAC

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