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Politique et société |
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Le député Banza Mukalay d'accord pour le découpage territorial mais, « pas tout de suite » 9 avril 2007 - Le député Banza Mukalay se dit favorable au découpage territorial mais, émet des réserves quant au délai de trois ans imparti pour leur mise en place. « Si déjà à onze provinces, dit-il, on n’a pas réussi à payer tous les fonctionnaires qui travaillent dans des provinces, il va de soi que, avec vingt-six provinces et avec les mêmes recettes, les charges seront beaucoup plus importantes et les gens vont souffrir davantage. Ce sont nos populations qui vont souffrir. Pourquoi? Parce que chaque roi, chaque petit roitelet qui sera quelque part, va vouloir imposer des taxes. Et qui va payer ces taxes? C’est la population bien sûr, mais une population qui ne travaille pas. Alors, de quoi ces provinces vont-elles vivre? Je pense qu’on doit d’abord réfléchir en termes de moyens à mettre à la disposition de ces provinces pour qu’elles puissent fonctionner. » Ci-dessous, le texte de son interview. Vous sentez-vous bien dans votre peau de député national? Tout à fait. Parce que c’est par là que j’ai commencé ma carrière politique. J’avais été élu en 1982. Le plus clair de mon temps, je l’ai passé au parlement. Donc, je suis comme un poisson dans l’eau. Est-ce que l’Assemblée nationale a réellement les contours d’une Chambre basse d’un pays qui aspire à devenir un Etat démocratique? Je le pense bien. Il est vrai que nous ne sommes qu’au début. Mais n’empêche, il faut reconnaître que nous avons commencé sur de bonnes bases. Les débats sont tout à fait de haut niveau. Ils sont libres. Je crois que les bases à partir desquelles l’Assemblée nationale a démarré son travail augurent un bel avenir. Mais, que répondez-vous à une certaine opinion qui considère l’actuelle Assemblée nationale comme une simple caisse de résonance ou une chambre d’enregistrement du pouvoir en place? Là, ce n’est pas démocratique. L’Assemblée nationale, c’est elle qui a généré le gouvernement. Cela est d’autant plus vrai que l’Assemblée nationale représente le courant majoritaire. Vous savez que c’est le courant majoritaire qui gouverne. Cette majorité du parlement coïncide, fort heureusement, avec la majorité présidentielle. Donc, il ne faut pas s’étonner ou réfléchir de la même manière même si à l’intérieur de la majorité il y a des variantes. C’est même ça la démocratie. Elle se pratique partout de la même manière. L’opposition a-t-elle l’espace nécessaire pour pouvoir s’exprimer et faire passer ses idées à l’Assemblée nationale devant une majorité qui a de plus en plus tendance à la phagocyter? L’opposition joue aussi son rôle, tout aussi démocratiquement et tout aussi librement. Et je crois qu’elle le fait avec beaucoup de pertinence et de compétence. Quant à la question de savoir si l’opposition ne risque pas d’être phagocytée par la majorité parlementaire, je ne partage pas un tel raisonnement. Non. L’opposition est là. Elle fait passer ses idées. Il arrive qu’il y ait de sujets qui font qu’il n’y ait ni opposants ni les gens de la majorité. Je donne comme exemple le dernier sujet sur les arrêts de la Cour à propos des invalidations, si je peux m’exprimer ainsi. Tout le monde était d’accord. Que ce soit les gens de la majorité ou ceux de l’opposition, ils l’ont précisé de la même manière la plus claire. Donc, là il y a des questions qui font que les tendances partisanes diminuent. Il y a par exemple la question sur Kahemba au sujet de l’intégrité territoriale, la souveraineté de notre pays. Ce sont des choses à propos desquelles tout le monde émet sur la même longueur d’onde. Je pense que l’opposition a son espace pour s’exprimer et elle s’exprime. Il y a de sujets sur lesquels la majorité et l’opposition sont divisées, et où elles demeureront divisées. C’est ça la politique. Mais, on ne peut pas de là dire que l’opposition n’a pas d’idées ou qu’elle ne peut pas s’exprimer. Elle s’exprime effectivement. Dans tous les cas, l’opposition peut faire passer ses messages car, dans ce qu’elle dit, tout n’est pas que négatif. Et dans tout ce que les gens de la majorité disent, tout n’est pas non plus que bon. Donc, à un moment ou un autre, le bon sens veut que, pour faire avancer les choses ou pour améliorer la gestion du pays, on tienne compte de tel ou tel autre aspect. Quelle approche avez-vous de la sempiternelle question de la double nationalité? Y a-t-il, selon vous, une solution idoine à cette question au-delà du moratoire donné par les députés? Bon. D’abord, il n’y a pas une question de double nationalité. La nationalité congolaise est une et exclusive. C’est ce que dit notre Constitution. Il y a des gens qui ont violé notre Constitution en détenant une nationalité autre que congolaise et en voulant en même temps exercer les fonctions d’Etat ou les fonctions publiques. Le parlement a donné un moratoire. C’est une décision politique. Mais, des juristes rigoureux diront qu’il y a eu là une sorte de violation. Quant à mon point de vue, je pense que nous sommes dans une période très délicate. Certes, la loi c’est la loi. Elle est dure, mais c’est la loi. Il faudrait à un certain moment ne pas vouloir créer trop de remous, à donner une solution qui permette de garder la paix et la stabilité. J’espère qu’à la fin du moratoire, les gens auront le temps de revenir pour voir si la loi est respectée. Je regrette que le moratoire ait été donné d’une manière assez vague. On ne sait pas à qui ce moratoire est adressé directement. On aurait dû faire allusion aux personnes qui sont expressément concernées par ce moratoire. Le contrôle aurait été plus facile. Quel regard avez-vous sur l’affaire Kahemba? Pourquoi cette question a-t-elle seulement surgi aujourd’hui alors qu’elle ne date pas d’hier? Non. Je crois qu’elle a surgi avec beaucoup de pertinence aujourd’hui parce que les Congolais ont été chassés des villages qu’ils habitaient. En ce moment-là, l’affaire a pris une autre dimension. Je crois que si le problème se posait chaque jour, peut-être pas avec autant d’acuité, je crois que jamais les Angolais ne savaient traverser et hérissaient leur drapeau. Cette fois-ci, comme ils l’ont fait, je pense que c’est pour cette raison que le problème a suscité beaucoup d’émoi et nécessité qu’il y ait plusieurs Commissions dont la Commission parlementaire de laquelle nous attendons encore le rapport. Trouvez-vous le gouvernement Gizenga capable de faire face à ce genre de défis et à bien d’autres, notamment en ce qui concerne l’insécurité à l’Est et le problème de brassage au sein des FARDC? Je pense que le gouvernement Gizenga vient à peine d’être mis en place. Il est en train de chercher ses marques. Il vient de tenir un séminaire. Souhaitons que ce séminaire puisse lui donner l’occasion de renforcer un peu plus de cohésion, de solidarité et de cohérence. Parce que dans la recherche de ses marques, ces éléments-là ne paraissaient toujours pas évidents. J’espère que le gouvernement va systématiser ses réunions pour éviter d’agir en solo. Quel dénouement estimez-vous le meilleur dans ce qui est devenu « l’affaire Jean-Pierre Bemba » à l’endroit duquel la justice a lancé un mandat d’arrêt international pendant qu’il continue à se terrer à l’ambassade sud-africaine à Kinshasa? Ces événements sont malheureux. Je les déplore et les condamne. Jean-Pierre Bemba, ancien chef de guerre, après les élections, devait se comporter en démocrate comme il l’avait lui-même promis. L’Etat, dans tout pays de droit, devait avoir le monopole de la violence. Sinon, c’est la confusion et le chaos. Il n’y a donc pas affaire Jean-Pierre Bemba-Joseph Kabila. Il y a plutôt Jean-Pierre Bemba et le gouvernement. Ce qui donne l’impression que c’est une affaire Jean-Pierre Bemba-Kabila c’est le fait que le président Kabila a été le seul à prendre la parole à ce sujet. En principe, il aurait été souhaitable que le Premier ministre, chef du gouvernement, assume son rôle d’homme orchestre et de fusible. Je ne crois pas que cela soit encore le cas. Quel dénouement? J’ai plein espoir que cette affaire trouvera une solution par le dialogue. Quel que soit le cas, le dialogue est incontournable. Le dialogue doit être permanent et la réconciliation doit être une quête permanente. Vouloir parler de dialogue, n’est-ce pas reconnaître l’échec du processus électoral finissant? Non. Il ne faut pas voir le dialogue comme toujours la remise en question et des textes et du processus. Non. Il y a même un problème d’interprétation. Les mêmes textes peuvent être interprétés de différentes manières. Comment nous mettre d’accord si on ne dialogue pas? Il ne faut pas croire que tout dialogue aboutit toujours à la mise à l’écart des institutions qui ont été mises en place. Là, ce serait une mauvaise interprétation du dialogue. Si, je sais que le dialogue, chez nous, a toujours abouti à la formation d’un nouveau gouvernement, au partage du pouvoir…D’abord, on gouverne pourquoi? On ne gouverne pas pour soi-même. On n’exerce pas le pouvoir pour soi-même. On l’exerce pour servir. Et quand on l’exerce, il faut donc savoir écouter. Et quand on est élu, on devient l’élu, même de ceux qui ne vous ont pas élu. Donc, si ceux qui ne vous ont pas élu veulent être entendus, pourquoi ne pas le faire? C’est ça le dialogue; l’écoute, la disponibilité à échanger. Nous devons le garder de manière permanente si nous voulons construire et sauvegarder le processus. Il ne faut pas que les gens croient que chaque fois qu’on parle de dialogue c’est pour mettre une sorte de tabula rasa des institutions qu’on a mises en place. Ah, non. Le dialogue ne doit pas nécessairement aboutir à cela. Il doit aussi aboutir à se rassurer mutuellement. Et se rassurer mutuellement doit être aussi un objectif permanent de ceux qui nous gouvernent. C’est autour de cela que nous pouvons dialoguer, nous écouter mutuellement. C’est extrêmement important. Parfois, ceux qui gouvernent croient qu’ils ne sont pas suffisamment bien compris par les autres; ceux-ci croient aussi qu’ils ne sont pas bien compris. Les choses ne peuvent se résoudre que si on se met autour d’une même table. Je suis partisan d’un dialogue permanent et une quête permanente de réconciliation, en tenant compte de nos lois et de notre Constitution. Quel avenir entrevoyez-vous pour les nouvelles provinces, en particulier celle du Katanga? Je ne parlerai pas de la province du Katanga seulement, mais de toutes les provinces. Je pense que c’est une bonne chose que les nouvelles provinces puissent exister, mais le temps qu’on a donné pour les mettre en place est trop court. Je ne pense pas que dans trois ans on puisse réussir à mettre ces provinces en place. Sinon, ce sera une situation catastrophique. Rien n’est préparé. Déjà, les Assemblées provinciales et les gouvernements provinciaux qu’on va mettre en place vont avoir des difficultés de fonctionner dans les provinces telles qu’elles sont aujourd’hui. J’apprends qu’à l’Equateur, il y a déjà une grève de députés provinciaux. Si l’on veut consolider la paix, si l’on veut vraiment le décollage, je crois qu’il faut éviter de créer rapidement d’autres problèmes. Consolidons la paix et l’unité nationale; ayons des objectifs plus ou moins de dix à quinze ans pour lancer de nouvelles provinces. Sinon, on va accumuler des problèmes qu’on ne saura pas résoudre. Vous voulez dire qu’on est vite allé en besogne? Oui, en quelque sorte. Si déjà à onze provinces on n’a pas réussi à payer tous les fonctionnaires qui travaillent dans des provinces, il va de soi que, avec vingt-six provinces et avec les mêmes recettes, les charges seront beaucoup plus importantes et les gens vont souffrir davantage. Ce sont nos populations qui vont souffrir. Pourquoi? Parce que chaque roi, chaque petit roitelet qui sera quelque part, va vouloir imposer des taxes. Et qui va payer ces taxes? C’est la population bien sûr, mais une population qui ne travaille pas. Alors, de quoi ces provinces vont-elles vivre? Je pense qu’on doit d’abord réfléchir en termes de moyens à mettre à la disposition de ces provinces pour qu’elles puissent fonctionner. Mais, il y a les 40 %? Il est vrai qu’on parle de 40 % qu’il faut rétrocéder; mais il ne faut pas oublier que les 40 % de zéro, c’est zéro. Les 40 % ne vont pas tomber du ciel. Ils vont l’être sur base des recettes que l’Etat réalise. Or, l’Etat au jour d’aujourd’hui ne réussit pas à mobiliser suffisamment de recettes pour son propre fonctionnement, pour relever les défis qui se présentent à lui. Je ne pense pas vraiment que, dans trois ans, l’Etat soit capable de trouver ces moyens afin de permettre un développement harmonieux du pays et de nouvelles entités décentralisées. Bien entendu, les gens vont continuer à parler. Ils vont dire qu’il y a lieu de rapprocher les administrés de ceux qui les administrent. Je soutiens ce point de vue. Mais les rapprocher, c’est aussi donner les moyens à ceux qui les administrent de manière à répondre aux problèmes cruciaux qui se posent dans la société. A quoi servirait d’avoir un gouverneur qui ne saura même pas réparer le toit d’une école? A quoi sert d’avoir des ministres provinciaux qui ne sauront même pas intervenir quand un pont est cassé, parce qu’ils n’en ont pas les moyens? Ce sont des questions qu’il faut se poser. Si on ne se pose pas ces questions, on répond seulement aux sirènes de gens qui rêvent d’être gouverneur ou ministre provincial d’une petite province. Et, si c’est cela le plus grand objectif, je crois que le peuple en ce moment ne trouvera pas son compte. Or, justement, quand on fait la politique, cela veut dire qu’on veut s’occuper des autres. Quand on fait la politique, cela veut dire qu’on a en soi l’idée, la passion, l’ambition de s’occuper des autres. Et quand on devient un homme d’Etat, on doit savoir s’occuper des autres. Les décisions que l’on prend concernent beaucoup de gens et quand cela concerne beaucoup de gens, il faut faire attention. Car, on peut créer des heureux et des malheureux. Il faut faire extrêmement attention, surtout que l’on a en main la vie des autres. Avez-vous encore quelque chose à ajouter au sujet de cette question? C’est pour cette raison qu’il faut froidement aborder les questions même si celles-ci vont fâcher les uns ou les autres. Cette question de découpage est une idée ingénieuse, mais il faut voir comment l’appliquer sans que cela n’ajoute des malheurs; sans que le peuple ne soit écrasé par le poids de taxes… Je crois qu’il faut préparer cela soigneusement, construire là où l’on doit construire, ne fut-ce que d’abord les bureaux, les services. En tous les cas, la grande préparation, je la situe entre dix et quinze ans. Hier parmi les barons du régime Mobutu, aujourd’hui revêtu d’un mandat électif, votre carrière politique a-t-elle encore de beaux jours devant elle? Bon…Le reste appartient à Dieu. Mais, l’ambition y est. J’assume d’abord ma part de mobutuité. Et puis, je signale que je suis entré en politique en 1982 par les élections. Donc, j’ai été élu. Je suis heureux d’être réélu. C’est la troisième fois consécutive que je suis élu dans la même circonscription. Là, je rends grâce à Dieu de m’avoir ainsi aidé et je remercie la population et mes électeurs de Lubumbashi qui, chaque fois, m’ont renouvelé leur confiance. Donc, si vous me posez la question de savoir si ma carrière a de beaux jours devant elle, je dois vous affirmer que j’ai l’ambition; peut-être pas de me présenter, mais je pense que l’ambition d’aider en politique continue à m’animer. Propos recueillis par Marcel Lutete et Medard Muyaya Source : Le Potentiel Autres titres : Bana Congo accuse l'EU de complicité dans les
massacres des Congolais depuis la fin de la transition |
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Revised: April 09, 2007