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Liberté de presse : la Rdc classée 4ème sur le palmarès des pays les plus répressifs
04 mai 2007 - Trois pays d’Afrique sub-saharienne, figurent en tête de la liste des États où la liberté de la presse s’est le plus détériorée ces cinq dernières années, a annoncé mardi Robert Mahoney, Directeur adjoint du Comité pour la protection des journalistes (CPJ), venu présenter aux côtés de Joël Campagna, Coordonnateur du Programme Moyen-Orient du CPJ, les conclusions d’une étude mondiale conduite par cette organisation. L'Ethiopie, où le gouvernement a lancé une répression massive sur la presse privée se classe en première position.


président Joseph Kabila

 La Gambie et la République démocratique du Congo sont, avec la Fédération de Russie et Cuba, les pays les plus répressifs en matière de liberté de presse. Selon les informations contenues dans le rapport, deux journalistes ont été assassinés en RDC au cours des deux dernières années et 11 sont en prison. En Gambie, Deyda Hydara, l’éditeur de l’un des principaux journaux, a été assassiné et 11 journalistes ont été jetés en prison au cours de la seule année 2006. Quant à l’Éthiopie, le CPJ y a découvert l’emprisonnement de 18 journalistes. Plusieurs dizaines de professionnels de la presse ont dû s’enfuir de ce pays dont le Gouvernement a bloqué plusieurs sites web, expulsé deux correspondants étrangers, et interdit huit publications de parution. L’Afrique n’est pas seule au palmarès des violations graves contre la liberté d’informer. Au Pakistan, révèle le rapport du CPJ, huit journalistes ont été tués au cours des cinq dernières années. Quinze autres sont portés disparus au cours de la même période. En Azerbaidjan, au cours des cinq dernières années, un éditeur a été assassiné, tandis que 9 journalistes étaient jetés derrière les barreaux et que 2 de leurs collègues étaient kidnappés.

Le rapport du Comité pour la protection des journalistes, qui a paru mercredi à l’occasion de la célébration de la Journée mondiale de la liberté de la presse, s’appuie sur des données collectées dans le monde entier au courant de la période allant de 2002 à 2007. Les données et statistiques collectées ont été ventilées par le CPJ en sept catégories pertinentes (censure gouvernementale; harcèlement judiciaire, procès en diffamation à caractère pénal, assassinats de journalistes, violences physiques contre la presse et ses représentants, emprisonnements de journalistes et menaces contre la presse), à partir desquelles un « palmarès » a été établi. Le CPJ a cependant exclu de son rapport les grandes zones de conflit comme l’Iraq et la Somalie, qui souffrent d’une absence de structures conventionnelles de gouvernance ou de collecte d’information. Les pays suivants figurent, par ordre de classement, sur la liste établie par le CPJ : Ethiopie, Gambie, Russie, République démocratique du Congo (RDC), Cuba, Pakistan, Égypte, Azerbaïdjan, Maroc et Thaïlande. Le fait que cinq pays d’Afrique, tous salués à un moment donné pour s’être engagés sur la voie de la transition démocratique, se trouvent parmi eux, révèle la fragilité de ce processus quand il s’agit de respecter la liberté de la presse, souligne le Directeur exécutif du CPJ, Joël Simon, dans un communiqué distribué aujourd’hui au cours de la conférence de presse.

En réponse à une question, M. Mahoney a souligné que cette liste n’était pas forcément celle des pays où la situation de la presse est la plus préoccupante, comme c’est par exemple le cas au Zimbabwe, mais qu’elle cite les pays où cette liberté s’est le plus dégradée au cours de ces cinq dernières années. L’Iraq et la Somalie devraient faire l’objet de rapports séparés, a expliqué M. Mahoney, non seulement en raison de l’extrême gravité des formes de violences qui y sont perpétrées, mais aussi du fait de l’absence de réelle gouvernance dans ces pays et de la difficulté d’y réunir des informations fiables. Il est également ardu d’enquêter sur ce qui se passe aujourd’hui en République démocratique populaire de Corée (RPDC) ou au Myanmar, a-t-il ajouté.

« En publiant un tel rapport, qui jette le discrédit sur certains États, nous espérons une réaction des gouvernements concernés », a déclaré Robert Mahoney, en soulignant que l’objet du CPJ était de pointer les dysfonctionnements observés dans les pays uniquement sur la base des normes internationalement acceptées et reconnues en matière de liberté de la presse. 85 % de gens coupables d’assassinats de journalistes courent toujours, a-t-il rappelé.

M. Mahoney a indiqué que si dans certains pays figurant dans la liste, comme le Maroc ou l’Égypte, on constatait que la censure s’était assouplie au fil des années, permettant ainsi à une presse de plus en plus indépendante de s’épanouir, on y notait aussi que des représailles étaient exercées contre des éditeurs ou des journalistes jugés trop critiques à l’égard des régimes en place. Au Maroc, par exemple, les médias d’État ont pris pour cible les publications indépendantes qui avaient couvert l’affaire des caricatures du Prophète Mahomet. Certains journalistes se sont estimés gravement menacés du fait des attaques des médias officiels, a indiqué M. Mahoney. Généralement considéré comme un modèle dans sa région en ce qui concerne le respect des droits de la presse, le Maroc partage pourtant avec la Tunisie le triste record du plus grand nombre de cas d’emprisonnements de journalistes dans le monde arabe, a fait observer M. Campagna.

Répondant à une question de la presse, M. Mahoney a indiqué que, même si la liberté de la presse n’y était jamais entièrement respectée, aucun pays occidental ne figurait dans le classement, dans la mesure où ces pays ne remplissaient pas les critères et le niveau de violations retenus pour établir la liste.

Au sujet des enlèvements de journalistes, les représentants du CPJ ont déclaré qu’ils comprenaient la réaction des familles qui se disent prêtes à payer une rançon pour obtenir la libération d’un des leurs. Ils ont cependant attiré l’attention sur le fait que le paiement d’une rançon pouvait représenter un danger pour les autres journalistes travaillant dans la région concernée, puisque la tentation de les enlever à leur tour pouvait alors devenir beaucoup plus grande. Dans le cadre des efforts qu’ils déploient pour garantir la protection des journalistes à travers le monde entier, les représentants du Comité ont révélé qu’ils s’étaient entretenus, la semaine dernière, avec le Secrétaire général des Nations Unies, M. Ban Ki-moon, qui les a assurés du soutien de l’ONU dans cette lutte.

Le Comité pour la protection des journalistes est une organisation indépendante à but non-lucratif fondée en 1981 afin d’observer et d’enquêter sur les abus commis contre la presse et promouvoir la liberté de celle-ci à travers le monde. Le CPJ a été créé par des correspondants de presse américains basés à l’étranger. Son siège est à New York et le CPJ a des correspondants dans toutes les grandes régions au monde.

A Kinshasa, la Journée internationale de la liberté de la presse a été célébrée par un hommage des journalistes vivants à leurs confrères assassinés. Une quarantaine de journalistes se sont recueillis jeudi sur les tombes du couple Ngyke et de Bapua Muamba au cimetière de la Gombe, en y déposant des gerbes de fleur. Après ce moment émouvant, le groupe s'est dirigé au siège des stations CCTV, CKTV et RALIK, médias de l’ancien vice-président de la République Jean-Pierre Bemba, pour exprimer leur solidarité au personnel de ces médias, fermées la veille des violents affrontements armés du 22 et 23 mars dernier avant d’être pillées au cours de ces événements. Dans son mot de circonstance, la présidente de l’UNPC (Union Nationale de la Presse du Congo), Chantal Kanyimbo, a demandé que cessent les assassinats des hommes de médias en RDC. « Pas de démocratie sans la liberté de presse et le respect des droits de l’homme », a-t-elle déclaré. Au siège de CCTV et CKTV et RALIK.

Sources : Cpj, Unnews et Radio Okapi

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