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La RDC reste un pays fragile et instable, Karel De Gucht

04 septembre 2007 - « La République Démocratique du Congo comme le Burundi disposent maintenant d'institutions démocratiquement élues mais cela n'est pas suffisant : les élections ne sont qu'un élément de la démocratie. La constellation politique actuelle de ces deux pays est bien fragile, la classe politique doit encore assimiler la culture et la pratique de la démocratie où les débats d'idées se mènent avec conviction mais tolérance. Les événements violents du printemps dernier au Bas-Congo et à Kinshasa ainsi que les tensions récurrentes entre les partis politiques au Burundi démontrent que le chemin à parcourir reste long. » Ce ce qu'a affirmé le ministre belge des affaires étrangères le 3 septembre aux journées de contact diplomatiques. Ci-dessous, un extrait de son discours.

Extrait du discours du Ministre belge, De Gucht, lundi aux Journées de contact diplomatiques

L'Afrique centrale est une région dans laquelle la Belgique s'est énormément investie ces dernières années. Cette région n'attend pas non plus la formation du nouveau gouvernement belge pour continuer à réclamer toute notre attention. Par exemple, l'accumulation des tensions à l'Est de la RDC m'a amené à effectuer, en juillet dernier, une visite d'urgence à Kigali et à Kinshasa afin de contrer toute velléité d'aventure militaire et d'inciter les gouvernements impliqués à opter pour le dialogue et pour une solution politique à la crise. Je suis également intervenu au Conseil de Sécurité et auprès de nos partenaires européens pour qu'ils nous appuient dans cette démarche.

L'Afrique centrale est peut-être sortie de l'horreur des années de guerre mais la misère du peuple, la violence, l'impunité et la corruption continuent à faire partie du quotidien. De plus, l'évolution de cette région reste ponctuée de crises déstabilisatrices. Les acquis obtenus sur le plan politique en RDC et au Burundi grâce à l'appui massif de la communauté internationale sont éminemment fragiles. Je dois admettre que mon espoir que les populations de ces pays connaissent un avenir meilleur est tempéré par de vives inquiétudes.

La République Démocratique du Congo comme le Burundi disposent maintenant d'institutions démocratiquement élues mais cela n'est pas suffisant : les élections ne sont qu'un élément de la démocratie. La constellation politique actuelle de ces deux pays est bien fragile, la classe politique doit encore assimiler la culture et la pratique de la démocratie où les débats d'idées se mènent avec conviction mais tolérance. Les événements violents du printemps dernier au Bas-Congo et à Kinshasa ainsi que les tensions récurrentes entre les partis politiques au Burundi démontrent que le chemin à parcourir reste long.

De plus, la joute politique ne peut pas être une fin en soi, elle doit permettre aux gouvernements de définir des politiques claires et des lignes d'actions efficaces pour consolider la paix, assurer la sécurité de leurs citoyens et s'atteler à la tâche herculéenne de reconstruction de ces pays ravagés par des décennies de guerre et de gabegie. J'ai pu rencontrer dans la région des femmes et des hommes politiques de bonne volonté, aux idées claires et désireux d'agir.

Il faut toutefois constater que les gouvernements de la RDC et du Burundi n'ont jusqu'à présent pas été à même d'entamer la mise en oeuvre de ces politiques tant nécessaires. A ceux qui plaident pour leur donner du temps, je réponds qu'il y a urgence car la population s'impatiente. Elle ne comprendra pas que ces nouvelles institutions, obtenues par son courage au moment d'aller voter, ne soient pas à même d'alléger un tant soit peu sa misère quotidienne.

Le pourrissement de la situation à l'Est du Congo n'est plus acceptable, non seulement en raison du drame humanitaire qui en résulte, mais aussi à cause du risque croissant d'une escalade de la violence qui pourrait brusquement dégénérer en un retour à une guerre régionale.

La RDC reste un pays fragile et instable. La communauté internationale ne peut pas l'abandonner. Avec votre aide, j'ai récemment mené plusieurs combats diplomatiques dans ce sens. Je crois que nous pouvons être sincèrement fiers d'avoir obtenu des résultats tangibles et d'avoir été écouté par nos partenaires. Sous l'impulsion de la Belgique, le Conseil de Sécurité a déclaré explicitement qu'il suivait de près les développements dans l'Est de la RDC et qu'il n'admettrait aucune aventure militaire imprudente.

La mise en place d'un mécanisme d'accompagnement de la communauté internationale après la transition en RDC a été l'une de mes grandes priorités dès avant la tenue des élections. Aujourd'hui, grâce à nos efforts, un groupe de concertation comprenant les Etats-Unis, le Royaume Unis, la France, l'Afrique du Sud et le Belgique fonctionne sur base informelle. Ce mécanisme est sans doute en deçà de ce que j'aurais souhaité mais il constitue une bonne base pour une concertation pragmatique efficace.

La prolongation du mandat de la MONUC après la transition n'était pas évidente. L'opération est coûteuse et la concurrence d'autres missions de maintien de la paix est rude. Obtenir que le Conseil de sécurité décide une prolongation d'un an sans diminution d'effectif sera certes une belle victoire. Elle n'offre toutefois qu'un maigre répit. Il est donc urgent de faire des progrès décisifs dans la réforme du secteur de sécurité.

Lors du renouvellement du régime de sanctions des Nations Unies à l'égard de la RDC, la Belgique a pu éviter un assouplissement de l'interdiction de vente d'armes aux unités non-brassées dans l'Est du Congo. Un tel assouplissement aurait donné un message erroné aux autorités de Kinshasa qui doivent être encouragées à poursuivre sans tergiverser les opérations de brassage de l'armée. De plus, il n'aurait pas manqué d'avoir des répercussions négatives sur la sécurité d'une région où les armes pullulent déjà de façon totalement incontrôlée.

Les immenses richesses naturelles de la région peuvent être la meilleure et la pire des choses. Les convoitises qu'elles suscitent, leur pouvoir de corrompre et de financer la lutte armée en ont fait un facteur d'instabilité et de violence. Une gestion transparente de ces richesses aux bénéfices des populations locales en ferait un formidable outil de développement. Je me suis également battu ces dernières années pour placer ce thème à l'ordre du jour de différents forums internationaux et nationaux. S'attaquer à ce thème, c'est s'attaquer à des intérêts solidement établis et des privilèges fabuleux. Ce combat est loin d'être achevé. La résistance au changement sera forte.

Le Rwanda reste un pays traumatisé par son passé. L'immense blessure du génocide est loin d'être cicatrisée. Il faut continuer d'aider le peuple rwandais à mener à bien la difficile tâche de réconciliation nationale et de justice.

Enfin, s'inspirant de l'expérience européenne, il faut continuer d'inciter les pays de la région à poursuivre le dialogue et la coopération régionale. C'est la seule voie qui mène à une véritable stabilité sur le plan de la sécurité et à un développement économique durable. C'est dans cette optique que j'ai incité la RDC, le Rwanda et le Burundi à relancer la CEPGL et à utiliser cet instrument pour mettre en oeuvre des projets de coopération transfrontalière visant à améliorer le sort des populations locales. J'espère pouvoir surmonter les vives réticences congolaises qui freinent le lancement effectif du CEPGL.

Source : www.diplomatie.be

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Revised: September 04, 2007