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Violations de la Constitution et abus de pouvoir : carence d'autorité morale au sommet de l'Etat

04 septembre 2007 - Cette histoire d’un gouverneur de province qui se paie des missions officielles en jet privé, lequel est équipé d’un téléphone satellitaire qui aurait servi à converser avec le Chef de l’Etat (C’est un équipement dont le président de la République lui-même ne disposerait pas) mérite plus d’attention qu’un simple fait divers. Cela se passe en effet au lendemain d’élections ternes et sans programmes de gouvernement, en sorte que ce sont les premières couleurs du nouveau régime qui indiqueraient non seulement les marques de la législature, mais également les couleurs de la troisième République. Maints spécialistes et observateurs s’étaient interrogés sur la recette politique qui accompagnerait la relance du pays, en lui évitant de fausses pistes. Les partenaires internationaux se sont investis dans le principe de projets sociaux à impacts visibles, comme l’amélioration du réseau de distribution électrique à Kinshasa. On avait également parlé de grands travaux nécessitant une main d’œuvre abondante et bon marché, comme la construction des routes avec des centaines de milliers de cantonniers. Une des hypothèses privilégiée avait été de diminuer le train de vie ostensible des dirigeants politiques, de bannir les hauts salaires et les grosses voitures. En effet, comment les nouveaux dirigeants allaient justifier au peuple les privations du passé et les sacrifices à venir? On attendait donc des Churchill promettant « du sang et des larmes ». Mais on vit s’installer un gouvernement éléphantesque, aussitôt perçu comme budgétivore. On a vu débarquer des élus assoiffés d’argent et d’avantages matériels. D’autres, nouveaux riches, étalent sans vergogne un luxe fait de générosité populiste et de provocation. On se demande de plus en plus s’il y a une autorité morale suprême.

Les députés nationaux ont réaménagé le budget à leur profit pour pouvoir bénéficier de 4X4 rutilantes et d’un salaire de 4.200 dollars par mois, malgré que cela équivaut à soixante fois la rémunération de base de l’enseignant. Au Katanga, un ministre provincial toucherait plus qu’un ministre du gouvernement central. Ce barème a été établi avant même d’avoir lancé et réussi un quelconque programme. Et c’est à huis clos que les députés provinciaux katangais se seraient octroyés un salaire de 5.000 dollars, une voiture à l’entrée en fonction, une autre voiture à la fin de leurs mandats, avec pour chacun d’eux, une demi douzaine d’employés payés par l’Etat. L’addition devrait absorber près de la moitié du budget de la province, ce qui a soulevé la colère de l’opposition parlementaire. Le député meneur de la fronde a été sorti de l’hémicycle et muselé grâce à une nomination comme ministre provincial. On a ensuite augmenté le budget, mais sans toucher aux avantages acquis des élus. Les journalistes ont été sommés de ne plus parler de l’affaire, etc. Et, tout se passe comme si le pouvoir de prendre des décisions conférait aux élus des droits illimités, y compris celui d’en abuser. Alors que l’encre de la nouvelle Constitution de 2006 n’a pas encore séché, ce texte fondateur est constamment violée. Y a-t-il un arbitre suprême? L’article 195 indique que les institutions provinciales sont l’Assemblée provinciale et le Gouvernement provincial. Les gouverneurs n’ont jamais été une institution. Mais ils implantent eux-mêmes une sorte de régime présidentiel, alors que le pouvoir de décision n’ est pas individuel, mais il revient au gouvernement provincial. La nuance existe. Les gouverneurs sont omnipotents. Ils décident de tout, par eux-mêmes et à partir du coin de bureau. Certains sont devenus des vedettes de télévision avec des annonces fracassantes qui ne sont pas soutenues par des édits (lois provinciales) de leurs parlements. Ils empiètent parfois sur les prérogatives du gouvernement central. Ils gouvernent anarchiquement, avec de simples communiqués, en lieu et place d’ arrêtés en bonne et due forme. On en a vu décider de ponctionner directement 40 % des caisses de l’Etat, au mépris des lois budgétaires et financières qui ne les y autorisent pas, mais qui les exposeraient à des poursuites pour détournement des fonds publics. Y a-t-il un pilote aux commandes du Pays, pour rappeler à chacun son rôle? (A suivre)

Willy Ngoie

Source : www.congo.over-blog.com

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Revised: September 04, 2007