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Les dossiers miniers révèleraient des institutions parallèles

17 septembre 2007 - Lors d’une conférence de presse « Joseph Kabila a pris ses distances vis-à-vis de différents groupes de pressions autour de lui et, peut-être, loin de lui. Au nom de la démocratie et de l’Etat de droit », écrit le journal Le Potentiel qui poursuit : « Il a demandé aux uns et aux autres de donner une chance à notre jeune démocratie et aux institutions élues. Il a rappelé le principe de séparation des pouvoirs… on doit cesser de le considérer comme l’intendant de la République, le Procureur général de la République, encore moins un chef de parti politique. "Il ne faut pas faire de moi un dictateur", a-t-il déclaré ». La séparation des pouvoirs permettait à l’orateur de ne pas répondre à des questions embarrassantes ou compromettantes ou dont la portée dépassait ses propres capacités d’analyse et d’explication spontanées et crédibles. Il a, de cette façon, esquivé le dossier brûlant des contrats miniers. Cette matière révèle que la réalité du pouvoirt serait en dehors des nouvelles institutions et que le pays vivrait des « néo-sécessions ». On dénonce le bradage des ressources minérales depuis 1997, mais il est mieux d’affirmer que c’est un héritage direct du système de gouvernement personnel des Kabila père et fils. La période de Transition de 2003 à 2006 n’a apporté aucun correctif à l’affairisme minier ni aux alliances kabilistes. Le régime de 1+4 a servi de couverture et d’aval aux contrats les plus perfides. Actuellement, les kabilistes peuvent soutenir, mais sans jamais renoncer à la spoliation, qu’il y a eu une responsabilité collective du gouvernement de transition dont la branche économique était sous la tutelle de l’opposition actuelle. Mais tout le cheminement des dossiers était contrôlé de A à Z par la filière présidentielle.

Maintenant que de nouvelles institutions sont en place, il s’avère que ces mêmes contrats bénéficieraient de protections ou subissent des blâmes en haut lieu. Tel est le cas de la société Boss Mining. Ce projet n’est pas plus léonin que tous les autres, mais il vient d’être dépouillé de ses gisements miniers par une nébuleuse qui décide en lieu et place des nouvelles institutions. On ne le dira jamais assez: l’acte fondateur des contrats léonins avait été posé par Laurent Désiré Kabila avec la remise gratuite en 1998 de la moitié de la Gécamines à Ridgepointe Overseas du zimbabwéen Billy Rautenbach. Ce contrat avait été cassé en 2000, à la suite d’ une mésentente dans le partage des revenus. Billy porta plainte en arbitrage international. Mais en 2004, un arrangement à l’amiable a été imposé aux termes duquel la Gécamines remettait 80% en gisements miniers à Boss Mining devenue filiale de Camec, pour jouir d’ une participation minoritaire de 20%. Cet arrangement n’a jamais été décidé en Conseil des Ministres qui était, alors, le seul organe de gouvernement. On a utilisé l’allégeance personnelle et non institutionnelle des dirigeants de la Gécamines qui avaient échappé au partage des entreprises publiques entre les composantes du régime 1+4. Ils continuaient à dépendre réellement de la présidence de la république en la personne de Augustin Katumbi Mwanke qui les avait recrutés et fait nommer. Des rapports d’Ong avaient ensuite dévoilé une lettre du PPRD qui révélait cettte nébuleuse politico-minière où intervenaient Augustin Katumba Mwanke et tout le staff dirigeant de la Gécamines, avec pour but de financer le parti présidentiel et de lui faire gagner les élections. A la même période et toujours en dehors du gouvernement, le même Augustin Katumba Mwanke avait parrainé le contrat qualifié de léonin et que la MIBA a conclu avec Emaxon de l’israélien Dan Gertler. Le juif s’appropriait de 80% de la commercialisation des diamants. Par la suite, le même Gertler a obtenu la fameuse mine de cuivre/cobalt Kamoto Oliviera Virgule (KOV) à Kolwezi. Ce projet est dirigé par Simon Tuma Waku, ancien ministre des mines de Kabila.

La presse internationale anglophone raconte comment, en l' année électorale 2006, Dan Gertler a été invité au mariage de Kabila et comment il a racheté la société KMC qui détenait 50% des droits d’ exploitation de la mine de Mukondo, la plus riche en cobalt au monde. Même le montant de la commission qui serait revenue à Kabila a été cité en tous chiffres. Le problème est que les autres 50% de la mine de Mukondo revenaient déjà à Boss Mining/Camec. Le zimbabwéen et l'israélien ne se sont pas entendus en affaires. Ils n'ont jamais pu poursuivre l’exploitation très lucrative du cobalt, et, au bout d’ une année, l’acquisition de Gertler ne lui avait rien rapporté. Cette mésentente a été exacerbée par la course au rachat, à travers la bourse, de la mine de Kamoto. En 2007, le nouveau gouvernement a vu son ministre des mines organiser une commission de révision des contrats miniers. Les contrats Boss Mining de Billy/Camec et KMC de Dan Gertler figurent sur la liste. L’arrêté ministériel créant la commission indique que celle-ci présentera ses conclusions au gouvernement qui est, constitutionnellement, l'instance de décision. La procédure attendue était que la Commission émette ses avis et qu’ ensuite le gouvernement de Antoine Gizenga prenne les décisions. Il n’en a rien été. "On" a sorti du lot les dossiers Boss Mining et KMC. Ensuite, "on" a annulé les titres miniers de Boss Mining, sans attendre les conclusions de la Commission spéciale et la décision régulière du gouvernement. Dans le même temps, « on » a demandé à la Gécamines de renégocier le contrat KMC de Dan Gertler. Qui est ce "on"? qui a décidé de déshabiller Billy pour habiller Dan Gertler? et en dehors des institutions ? Une chose est certaine, on n'a jamais vu ni entendu le premier ministre Antoine Gizenga qui a la plénitude du gouvernement. Par contre, les avocats de Boss Mining, qui n'ignorent pas les nouvelles institutions en ont appelé au président Kabila lui-même. Comme si la réalité du dossier était que c'est Kabila qui avait décidé en 2004 et en 2006 et qui décidait encore en 2007? (A suivre)

Willy Ngoie

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Revised: September 17, 2007