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Une coalition des Eglises chrétiennes en conclave pour Rebâtir le Congo avec Jesus

18 juillet 2005 - Mgr. Laurent Monsengwo Pasinya, président de la Conférence épiscopale nationale du Congo (Cenco), a présidé, samedi 16 juillet 2005 au Grand Hôtel Kinshasa, la cérémonie marquant l’ouverture de la conférence organisée par la Coalition Chrétienne de la République démocratique du Congo. Placée sous le thème « Rebâtir la République démocratique du Congo et créer les conditions d’une paix durable dans la région des Grands Lacs avec Jésus-Christ, Sauveur et Seigneur », cette conférence, a précisé Michaël Kayembe wa Dikonda, président national de la Coalition Chrétienne de la Rdc, rassemble les chrétiens catholiques, protestants, orthodoxes, salutistes, anglicans, de l’Eglise de Réveil, des Eglises indépendantes, non-dénominationnelles et autres, pour que tous soient unis autour de Jésus-Christ et guidés par la Bible dans la ferme détermination de s’approprier et de mettre en pratique l’ordre donné par Dieu à Josué en ces termes : « Fortifie-toi et prends courage, car c’est toi qui mettra ce peuple en possession du pays que j’ai juré à leurs pères de leur donner » (Josué 1 : 6). La cérémonie s'est déroulée en présence du vice-président de la République en charge des questions politiques, défense et sécurité, Azarias Ruberwa, des membres du gouvernement, des parlementaires, des responsables des institutions d’appui à la démocratie, des diplomates, de chrétiens de toutes tendances. Prenant la parole pour la circonstance, le vice-président de la République, Azarias Ruberwa, a invité les participants à placer les mots justes au cours de ces échanges et à intercéder pour la nation afin que les dirigeants actuels aient la sagesse divine qui puisse les guider à garder l’unité et la force de la nation.

La relecture des textes en vedette lors de la conférence d’ouverture des assises de la « Coalition chrétienne » samedi dernier, pose la double question de ce qui subsiste de la laïcité de l’Etat congolais d’abord, et celle de la finalité même de cette plate-forme créée le 10 mars dernier, et qui englobe en son sein, selon le vœu exprimé par ses initiateurs, des membres venus de toutes les confessions religieuses, à l’exception des Kimbanguistes, absents. Mgr Monsengwo a apparemment réalisé l’urgence d’éclairer l’opinion sur l’existence et les buts poursuivis par la « Coalition chrétienne » dans un pays dont toutes les constitutions successives depuis l’indépendance consacrent la laïcité de l’Etat. Le président de la Conférence épiscopale nationale du Congo (Cenco) s’est défendu par la même occasion de considérer que cette initiative soit « une croisade des chrétiens contre les autres, à la traîne des évêques, pour s’emparer du pouvoir ». Il n’empêche qu’aussi bien le président de la « Coalition chrétienne », Michaël Kayembe que Mgr Monsengwo, dans leurs allocutions respectives, n’ont pas réussi à éloigner des esprits des observateurs la conviction selon laquelle les chrétiens se sont résolument engagés sur la voie de la conquête du pouvoir politique, ambition que les enseignements bibliques et évangéliques ne semblent pas proscrire. Bien au contraire.

Pour soutenir la thèse de la nécessité de l’incursion du spirituel dans les affaires publiques par essence « temporelles », le président de la Cenco s’appuie sur des textes tirés du Concile Vatican II et du Magistère ordinaire des papes, d’où il ressort que « la vocation propre des laïcs consiste à chercher le règne de Dieu précisément à travers la gérance des choses temporelles qu’ils ordonnent selon Dieu ». Le même texte du Concile, cité par l’archevêque de Kisangani, renchérit qu’il revient aux laïcs « d’éclairer et d’orienter toutes les réalités temporelles auxquelles ils sont étroitement unis, de telle sorte qu’elles se fassent et prospèrent constamment selon le Christ et soient à la louange du Créateur et Rédempteur ».

Mgr Monsengwo ne s’embarrasse guère d’ambiguïtés, et martèle que « l’Eglise vit dans ce monde, même si elle n’est pas de ce monde ». C’est la première fois en effet qu’un « homme de Dieu » exprime aussi clairement la détermination des chrétiens à s’emparer des rênes du pouvoir, quoique constamment, il est fait allusion aux valeurs bibliques de charité et d’amour. Citant le pape Jean-Paul II, Laurent Monsengwo déclare que concernant la vie politique, « les fidèles laïcs ne peuvent absolument pas renoncer à la participation à la « politique », à savoir : à l’action multiforme, économique, sociale, législative, administrative, culturelle, qui a pour but de promouvoir, organiquement et par les institutions, le bien commun (…) Tous et chacun ont le droit et le devoir de participer à la politique ». L’appel du pape Benoît XVI est aussi pris à contribution, alors préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi, il déclarait le 24 novembre 2002, que les « catholiques, élus ou militants politiques, doivent vivre une cohérence profonde entre leur foi chrétienne et leur engagement.

A l’étape actuelle, il n’est pas aisé de coller une étiquette à la « Coalition chrétienne ». En clair, les esprits hésiteraient encore à déterminer s’il s’agit d’un parti politique, ou d’un groupe de pression classique. C’est à ce titre que Mgr Monsengwo invite à éviter « une confusion de langues et surtout de langages », quand il reconnaît que la coalition se doit de préciser son programme politique, définir son programme de société et ses valeurs de référence, tout en déterminant ses stratégies politiques et électorales. Plus explicite encore, le prélat catholique indique que dès l’aube de l’indépendance, la Conférence plénière des évêques du Congo avait préconisé aux chrétiens de ne pas fonder des partis politiques exclusivement réservés aux chrétiens. Ils les ont plutôt invités, « dans la vision pluraliste de la société, à s’associer avec tous les hommes et femmes de bonne volonté pour défendre et promouvoir les valeurs du Royaume communes à plusieurs projets politiques ».

L’appel est on ne plus clair : devant la faillite du système actuel, les églises, les catholiques en tête, n’entendent plus baisser les bras. Car selon le président de la Cenco, « il faut que cette coalition et le pouvoir qu’elle recherche soient conçus en fonction d’une société pluraliste où (…) tous promeuvent des valeurs authentiques d’un Etat de droit ». La prise de position de la « Coalition chrétienne », bien qu’elle évite soigneusement de citer les tenants du pouvoir de transition, constitue un changement de cap significatif, une espèce de Troisième Voie, qui s’appuierait sur les millions de chrétiens pour faire entendre sa voie à la veille des échéances électorales.

Un représentant de l’Eglise musulmane a salué l’existence de la Coalition qui, selon lui, pourra contribuer au changement des mentalités en République Démocratique du Congo.

(SOURCE : Le Potentiel)

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