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Echec des négociations entre gouvernement et déléguées des enseignants à Kisantu

24 octobre 2005 - Avant Kisantu, le secrétaire général percevait 19 mille Fc; il aura 25 mille Fc. Convoquées par le gouvernement pour mettre fin à la série de grèves dans les services publics, les assises de Kisantu se sont achevées le samedi 22 octobre dernier sur une note triste : l’échec. Au lieu des augmentations des salaires, le gouvernement n’a accordé qu’une prime uniforme de 6000 Fc à chaque agent et fonctionnaire de l’Etat. Cet avantage, est-il écrit, est valable pour novembre et décembre 2005. Le gouvernement et les syndicats relevant de l’Administration publique se sont séparés sans avoir trouvé une solution au problème de salaires. Et pourtant, ils avaient effectué un long déplacement - Kisantu (Bas-Congo) étant situé à 120 km de la ville de Kinshasa-financé par le Trésor public. Un déplacement «pour rien», si on peut le qualifier ainsi. « Cet échec était prévisible dans la mesure où le décor avait été préalablement planté afin que ces assises accouchent d’une souris. Et ce, pour trois raisons », a confié à la presse le conseiller politique du vice-président de la République en charge de la Commission socio-culturelle, le professeur Kalele Kabila.

La première raison, c’est le retard avec lequel ces assises ont commencé. Prévue le mardi 18 octobre 2005, la séance d’ouverture avait été recalée de 24 heures parce que les syndicalistes évitaient d’être pris pour des dindons de la farce. Ils exigeaient des organisateurs des invitations en bonne et due forme et tenaient à être rassurés sur le déblocage de l’argent destiné à une bonne organisation des assises. Mais jusque mardi 19 octobre 2005, le déblocage de l’argent se faisait attendre. Selon des indiscrétions, 45 millions Fc auraient été sollicités par les organisateurs. Mais 5 millions Fc seulement auraient été mis à leur disposition.

La deuxième raison, c’est le refus du ministre des Finances, André-Philippe Futa, et de son collègue du Budget, François Muamba, de se rendre à Kisantu et ce, malgré l’injonction du chef de l’Etat, Joseph Kabila, qui a, du reste, écrit à chacun d’eux. La troisième raison a, enfin, trait à la lettre du directeur Département Afrique du Fonds monétaire international (Fmi), Abdoulaye Bio-Tchané, lettre datée du 30 septembre 2005 et adressée au vice-président de la République en charge de la Commission gouvernementale Economico-financière (Ecofin), Jean-Pierre Bemba. Dans cette correspondance, M. Abdoulaye Bio-Tchané félicite le vice-président Bemba pour « les politiques économiques poursuivies ces derniers mois qui ont permis de rétablir progressivement la stabilité macro-économique et de conclure la cinquième revue du programme que le Fmi appuie à travers un accord au titre de la Facilité pour la réduction de la pauvreté et la croissance (Frpc) ».

UNE PRIME AU LIEU D’UN SALAIRE

La lettre poursuit en ces termes : «Permettez-moi, Excellence, de vous faire part de nos préoccupations au sujet de négociations salariales en cours. En effet, considérant les éléments en notre possession, il nous semble que les mesures envisagées pourraient remettre en cause les objectifs du Programme économique du gouvernement et desservir par conséquent les couches les plus défavorisées». La suite de la correspondance n’est pas plus heureuse : «Nous comprenons que le gouvernement souhaite prendre en charge une partie de la contribution des parents aux rémunérations des enseignants. Cependant, vu la fragilité de la situation macro-économique, nous encourageons le gouvernement à poursuivre une politique prudente en 2005 et 2006, en ligne avec le programme à moyen terme».

Le représentant du Fmi exprime les craintes de son institution : «Il serait regrettable qu’un accroissement important des salaires, en particulier pour les secteurs autres que l’éducation, puisse résulter en un regain d’inflation et ainsi compromettre la sixième et dernière revue du programme». Et de conclure : «Nous souhaiterions pouvoir nous associer à rechercher une solution à ce problème difficile qui permettrait de préserver la stabilité macro-économique et les objectifs du programme du gouvernement». Tout le monde était d’accord sur un fait : les assises de Kisantu devraient être le prolongement de celles tenues l’année dernière à Mbudi, localité située dans la commune de Mont-Ngafula. Celles-ci s’étaient terminées par la signature, le 12 février 2004, du Contrat social de l’innovation, communément appelé Accord de Mbudi. Ce contrat alloue 208 dollars Us à l’huissier et 2.080 Usd au secrétaire général. Le vice-président de la République en charge de la Commission socio-culturelle, Arthur Z’Ahidi Ngoma, l’a confirmé, en ouvrant ces assises le mercredi 19 octobre dernier. Mais, à la surprise des syndicalistes participant à celles-ci, le gouvernement a évoqué plutôt l’octroi, à chaque agent et fonctionnaire de l’Etat indistinctement, d’une prime de 6.000 francs congolais. Celle-ci proviendra du bonus réalisé sur les salaires des agents et fonctionnaires fictifs, au terme du recensement initié par le gouvernement, à travers le ministère de la Fonction publique.

A titre illustratif, l’huissier de l’intérieur aura un salaire de base de 798 Fc + transport 1.000 Fc + prime de fin d’année 2005 de 6.000 Fc. Quant au secrétaire général, dont le salaire était de 19.682 Fc avant les assises de Kisantu ; celui-ci sera de 25.682 Fc quand on ajoute la prime de 6.000 Fc. Pour conclure, les assises de Kisantu, à en croire les syndicalistes eux-mêmes, ont accouché d’une souris. Quelle sera désormais la réaction des syndiqués ? Telle est notre inquiétude.

Dans le cadre des assises de Kisantu, les experts du Budget, des Finances et de la Fonction Publique ont distribué à chaque syndicaliste un aide-mémoire destiné à répondre aux attentes des agents et fonctionnaires de l’Etat. Dans ce document, ils notent que le gouvernement a exploré son cadre légal des voies et moyens, à savoir le budget de l’Etat pour l’exercice 2005. Comme pour l’ensemble des secteurs rémunérés par le Trésor public, les enveloppes salariales annuelles sont demeurées la base juridique et légale de toutes les discussions.

La méthodologie utilisée consiste à dégager l’enveloppe salariale de la Fonction publique, au sens strict. Cette enveloppe, dans le cadre du budget 2005, était chiffrée à 82.443.328.115 Fc; dont la prime des professionnels de santé de la ville de Kinshasa 1,2 milliards Fc et autres (enseignement primaire, secondaire et professionnel, enseignement supérieur et universitaire, Rst, Ba, professionnels de l’agriculture et de la santé) : 81.243.318.115 Fc. En termes clairs, la répartition de cette enveloppe par secteur se présente de la manière suivante : a) Cours des comptes : 161.618.052 Fc ; b) Direction générale de migration (Dgm) : 591.539.375 Fc ; c) Fonction Publique : 16.420.210.107 Fc ; d) Epsp/Enseignants : 29.204.834.260 Fc ; e) Esu : 11.095.986.431 Fc ; f) Recherche scientifique : 1.979.352.061 Fc ; g) Professionnels de santé : 8.249.283.773 Fc ; h) Professionnels de l’Agri : 2.729.126.442 Fc ; i) Budget annexe + mandat : 10.811.367.614 Fc.

La consommation de ces crédits au 31 décembre 2005, toutes choses restant égales par ailleurs, donne la situation suivante : prime de la santé (3.209.250.000 Fc), autres secteurs (79.733.220.423 Fc). Le bonus dégagé à répartir pour les deux mois restants, en termes de primes de fin de l’année, est de 1.510.097.692 Fc obtenu de 81.243.318.115 Fc -79.733.220.423 Fc. Ce qui donne un mensuel à ajouter à ce qui est déjà payé de l’ordre de 755.048.846 Fc. Le gouvernement a consenti donc d’accorder à chaque agent et fonctionnaire de l’Etat une prime de fin de l’année de 6.000 Fc par mois pour les deux mois restants, c’est-à-dire les mois de novembre et décembre 2005.

Source : Le Potentiel

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