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Honoré Ngbanda : "L'Onu et l'Ue veulent bâcler le processus de la transition pour légitimer leur marionnette"

31 octobre 2005 - Honoré Ngbanda croit que l’Onu et l’Ue veulent bâcler le processus de la transition en République Démocratique du Congo pour légitimer "la marionnette" qu’elles manipulent à gré à la tête du pays. Selon lui, l’organisation précipitée et bâclée des élections "devrait interpeller tout leader politique congolais soucieux de l’avenir du peuple. "La Communauté internationale est en train de préparer une véritable bombe à fragmentation qui lui explosera à la figure! Je souhaite qu’elle se ressaisisse pendant qu’il est encore temps. Ce n’est pas parce qu’elle a déjà consenti beaucoup de dépenses dans la crise congolaise qu’il faille sacrifier l’avenir de tout le peuple congolais". Ci-dessous, le texte intégral de son interview.

Le Congo est dans une situation difficile. Quelles sont, selon vous, les pistes de sortie de crise qui puissent garantir aux Congolais la stabilité?

Devant chaque crise, la logique élémentaire veut qu’on pose d’abord un bon diagnostic qui permettra ensuite de préconiser les remèdes appropriés. La nécessité d’établir un bon diagnostic dans la crise congolaise est d’autant plus indispensable parce que cette crise est multiforme et multidimensionnelle. Notre pays est d’abord en proie à une crise identitaire qui a occasionné ensuite l’occupation du territoire national, et qui a entraîné enfin la balkanisation du pays et la liquéfaction de l’autorité de l’Etat sur tout le territoire national! Voilà pour le diagnostic!

Quant aux pistes de solution, il me semble logique qu’on devrait aussi les aborder selon l’ordre et les liens de causalité. Autrement dit, il faut commencer par les causes premières et progresser vers les causes secondaires. Pourquoi et par qui notre pays a-t-il été agressé et envahi? Principalement par les armées régulières du Rwanda et de l’Ouganda soutenues par leurs alliés africains et occidentaux. Dès le début de leur agression, ces deux pays ont justifié leur geste par la présence sur le territoire congolais des hommes armés en provenance de leurs territoires respectifs, et qui menaçaient ainsi la sécurité de leurs Etats. Voici la cause première de la crise. Qu’elle soit vraie ou fausse, il faut d’abord vider complètement la problématique liée à cette cause! Et j’estime que c’est par là que l’Onu et l’Union européenne auraient dû commencer par s’investir dès le début de leur implication dans la recherche de solutions, pour extirper la cause ou le prétexte fondamental de cette crise. C’est ce qu’elles devraient faire encore maintenant pour corriger la trajectoire. Car, quand bien même l’Onu organiserait ces élections, bâclées ou pas, quelle garantie de stabilité pourraient-elles offrir aux Congolais tant que la problématique de la présence des rebelles ou des milices rwandais et ougandais (supposés ou vrais) continue à se poser?

Et quand l’Onu sera partie vers fin 2006, que fera le peuple congolais demain quand les troupes rwandaises et ougandaises reviendront sur son territoire sous prétexte de pourchasser leurs rebelles et leurs milices que l’Onu a laissés en Rdc après les élections? Ne reviendra-t-on pas au point mort? Voilà ce que j’essaie de dire au peuple congolais aujourd’hui, avant qu’il ne soit trop tard demain!

Mais que prévoit l’étape suivante de votre raisonnement?

J’estime que le problème du désarmement total de toutes les milices armées rwandaises et ougandaises, et de toutes les milices congolaises créées et manipulées par ces deux pays agresseurs, demeure la priorité majeure dans la recherche des solutions. Cette priorité nous conduit fatalement vers une deuxième priorité : la constitution d’une armée congolaise intégrée, et j’ajoute « républicaine ». Car seule cette armée pourrait être capable de démobiliser par la force (j’insiste bien que cela doit se faire par la force), toutes les milices étrangères et nationales opérant en Rdc. Et à mon avis, l’Onu et l’Ue auraient dû concentrer en priorité tous leurs moyens et tous leurs efforts sur ce point capital, afin de doter le peuple congolais, non seulement de la capacité de se débarrasser définitivement des causes et prétextes de l’invasion rwandaise et ougandaise, mais aussi de l’instrument pour garantir l’intégrité de son territoire national. Ce qui m’inquiète, c’est l’incapacité de l’Onu et du gouvernement 1+4 à désarmer et à renvoyer les milices rwandaises au Rwanda. Le dernier rapport interne de l’Union européenne affirme clairement que l’Onu reconnaît son incapacité à désarmer les troupes des Fdlr et de les renvoyer au Rwanda. Elle sollicite l’apport des pays africains dont l’Afrique du Sud. Voyez-vous d’ici comment les choses se dessinent pour l’avenir?

Enfin, si la Communauté internationale arrivait à aider à nous débarrasser de la présence étrangère, il serait alors plus facile de restaurer l’unité du pays et l’autorité de l’Etat sur tout le territoire national. Et une fois toutes ces étapes réalisées, on peut valablement envisager l’organisation des élections réellement démocratiques et crédibles, susceptibles de sceller la paix, la stabilité et la dignité retrouvées.

Voilà, à mon avis, l’ordre chronologique et d’importance des différentes étapes des solutions pour sortir de cette crise. Et une analyse attentive des accords de Sun City révèle que les signataires de ses accords avaient voulu se soumettre eux aussi à la même logique qui s’impose à toute raison humaine. Mais c’est au niveau de l’application que les problèmes ont certainement apparu à cause des conflits d’intérêts des individus et de groupes de personnes.

On vous accuse d’être propagandiste parce que les gens se demandent pourquoi ce que vous dites aujourd’hui, vous ne l’avez pas fait quand vous étiez au pouvoir...!

Il ne faut pas faire la confusion du genre dans la situation qui nous préoccupe ici. Nous faisons aujourd’hui face à une crise d’agression, d’occupation de notre pays après les deux agressions de 1996 et de 1998. Si l’on veut faire une comparaison, c’est à ce niveau là qu’il faut le faire! Or, de 1965 à 1996, pas un seul mètre carré de notre territoire national n’a été abandonné aux étrangers sous forme d’occupation. Et lorsque notre pays avait été agressé, en 1977 et en 1978, le peuple congolais a vu Mobutu abandonner sa résidence de Camp Tshatshi et troquer son abacost contre sa tenue militaire pour aller habiter sous les tentes avec ses soldats pendant des mois au Katanga! Durant trente deux ans de pouvoir, le Zaïre n’a connu aucune occupation de son territoire par des étrangers. Et Dieu sait s’il y a eu des tentatives! Soyons honnêtes, s’il y a une chose que personne ne pourra jamais reprocher au régime Mobutu, c’est bien la sauvegarde de la paix, de l’unité et de l’intégrité du territoire national!

Mais si l’on veut nous critiquer sur les erreurs de gestion de la deuxième république, c’est un autre débat que je n’élude pas! Parce que, là aussi, quelles que soient les erreurs de la deuxième république, ceux qui sont venus pour « libérer » les Congolais n’ont guère fait mieux que nous. Et le peuple congolais est aujourd’hui notre juge. Par contre, nous avons eu le temps d’observer et de méditer sur nos erreurs d’hier, et nous pensons qu’aujourd’hui, nous sommes mieux outillés spirituellement, moralement et intellectuellement pour relever le défi! C’est un point d’honneur. Un homme politique ne doit pas fuir ni renier son passé, mais il doit plutôt être capable de rebondir sur ses erreurs passées pour réaliser des performances pour le présent et l’avenir. Quant à moi, personnellement, je ne crains pas les critiques sur mon passé. Car je me suis servi de la méditation sur toutes mes erreurs du passé pour orienter mes actions et mon comportement politique pour l’avenir. Je ne suis pas un homme qui marche à reculons comme ceux qui adorent ressasser le passé des autres, comme s’ils n’en avaient pas eux-mêmes. Je suis résolument tourné vers l’avenir. Et j’espère que le peuple congolais me jugera plutôt là-dessus! Nous ne devrions pas passer notre temps à pleurnicher sur nos chutes d’hier, alors que nous avons l’urgence de survie de nos enfants pour aujourd’hui et pour demain!

Revenons alors à l’actualité. Quelle est votre analyse sur l’organisation actuelle des élections en Rdc? Vont-elles donner la stabilité au Congo ou c’est le contraire?

C’est la question fondamentale que nous nous sommes posée au sein de l’Apareco. Et ma réponse à ce sujet est très claire : l’Onu et l’Ue veulent bâcler le processus de la transition dans notre pays pour légitimer la marionnette qu’elles manipulent à gré à la tête de notre pays. Je viens à peine de vous le dire : quelle est la cause profonde de la crise dont souffre la Rdc? Autrement dit, qu’est-ce qui a provoqué les deux guerres de 1996 et de 1998? Est-ce l’organisation des élections? Non! Les deux guerres qui ont abouti à l’occupation de notre pays par le Rwanda et l’Ouganda l’ont été parce que les dirigeants de ces deux pays, Kagamé et Museveni pour ne pas les citer, ont argué, pour justifier leur agression, que la présence des milices rebelles de leur pays opérant sur le territoire congolais menaçait la sécurité de leurs Etats. Voilà l’origine, fondée ou pas, mais réelle, du conflit qui est à la base de la crise actuelle. Or, jusqu’à ce jour, ni l’Onu, ni l’Ue, ni le gouvernement 1+4 n’ont résolu ce problème de base qui seul peut ramener la paix définitive dans la région. Et pour que le gouvernement 1+4 puisse désarmer et démobiliser toutes ces milices étrangères, il lui faut disposer d’une armée nationale efficace. Là aussi, rien n’a été fait. Et le désarmement suivi de l’éloignement de ces milices étrangères pourrait faciliter l’instauration de la paix et garantir l’intégrité du territoire. Ici aussi, rien n’a été fait. Et voilà que tout à coup, après la pression populaire du 30 juin 2005, la Communauté internationale « zappe » tous ces problèmes de fond qui constituent des préalables incontournables, et fait un saut en avant pour improviser dans la précipitation, l’organisation des élections dans des conditions que nous savons!

Rentrons donc un instant dans la logique de la Communauté internationale, et supposons que ces élections bâclées aient quand même lieu sous la menace des chars et des hélicoptères de l’Onu qui entendent tenir en respect les milices rebelles. Mais quelle sera la suite des événements après les élections, lorsque les troupes de l’Onu se seront retirées? Avec quelle armée le gouvernement congolais désarmera-t-il les milices opérant sur son territoire? Et si l’Ouganda et le Rwanda, qui ne cachent toujours pas leur intentions de poursuivre le pillage des richesses de la Rdc, prenaient prétexte sur l’éternelle présence des milices supposées ou réelles de leur pays opérant en Rdc, et revenaient pour les pourchasser, que ferait le gouvernement élu de la Rdc?

Et jusqu’ici, je n’ai pas encore parlé de la crédibilité des élections proprement dites. Voyez-vous, l’organisation précipitée et bâclée de ces élections devrait interpeller tout leader politique congolais soucieux de l’avenir de ce peuple. Car le schéma de la Communauté internationale, avec certaines personnalités belges en tête, a été déjà fixé! Ils estiment que la crise congolaise est très complexe et elle a déjà coûté beaucoup d’argent à l’Onu. Il faut clôturer par tous les moyens ce dossier compliqué et coûteux. Pour cela, il faut tout faire pour légitimer Joseph Kabila qui constitue le moindre mal, et s’en aller.

Les Congolais n’ont qu’à se débrouiller après! Je dis ouvertement qu’avec un tel schéma, la Communauté internationale est en train de préparer une véritable bombe à fragmentation qui lui explosera à la figure! Je souhaite qu’elle se ressaisisse pendant qu’il est encore temps. Ce n’est pas parce qu’elle a déjà consenti beaucoup de dépenses dans la crise congolaise qu’il faille sacrifier l’avenir de tout le peuple congolais.

Vous êtes candidat à la présidence de la république, comment allez-vous vous présenter parce que vous n’êtes pas encore enrôlé et vous résidez à Paris?

Il est vrai que suite à la demande expresse des Patriotes congolais, j’ai accepté de présenter le moment venu ma candidature à la présidence de la république. Mais, croyez-moi, je ne le ferai pas à n’importe quelle condition. Nous sommes des patriotes, et tout ce que nous faisons, nous plaçons la patrie avant toute chose, y compris nos intérêts personnels. J’ai expliqué aux Patriotes congolais qu’un vrai patriote ne peut concourir aux élections lorsque le pays est sous l’occupation des étrangers! C’est comme si on demandait aux résistants français en 1943 de participer aux élections sous le gouvernement de Pétain à Vichy! Nous avons une priorité : libérer notre pays de l’occupation multiforme dont il est victime, rétablir l’unité nationale et restaurer l’autorité de l’Etat. Tant que ces conditions là ne sont pas réunies, je ne m’inscrirai pas dans une quelconque logique de la mascarade électorale. Car je sais que, demain, l’histoire jugera très sévèrement tous les complices de ce grand complot qui se trame contre le peuple congolais.

Votre image de faucon du régime Mobutu ne va-t-elle pas vous desservir?

Une image peut en chasser une autre! Une image par essence est virtuelle et furtive. L’image qui m’avait été collée à tort ou à raison par mes détracteurs de tout bord ne m’inquiète pas! Prenons un cas : hier on a dit de moi que j’étais l’ennemi mortel de Étienne Tshisekedi. Dieu seul connaît toute la vérité à ce sujet. Mais ce qui importe pour moi, ce n’est plus cette image d’hier, mais plutôt les relations que j’entretiens aujourd’hui et demain avec le même Tshisekedi pour sauver notre peuple. Je me réjouis des rapports politiques et personnels qui existent aujourd’hui entre nous deux. C’est de cela que le peuple congolais a besoin, et non des images angéliques ou diaboliques d’hier! Et comme je vous l’ai dit, je ne perds pas mon temps ni mon énergie avec ceux qui s’acharnent à ressasser mon passé et ceux des autres. Non pas, parce que je minimise mes responsabilités du passé, mais seulement parce que personne ne peut plus rien changer à l’histoire. Elle est là, immuable et éternelle, figée dans la pierre du temps! Mais par contre, il n’y a que moi seul qui suis capable de changer ma personnalité positivement ou négativement pour demain. Et c’est ça qui m’intéresse pour l’avenir. Car le peuple continuerait à me juger sur l’image (vraie ou fausse) du passé si je ne faisais plus rien par la suite. Mais si aujourd’hui et demain, j’entreprenais à faire quelque chose de bien pour mon peuple qui souffre, je suis certain que l’image négative du passé sera vite supplantée par celle positive du présent. C’est cela mon désir et mon ambition politique, et personne de sensé ne peut me le reprocher.

Vous suivez de près l’actualité du pays, que pensez-vous de la grève des enseignants et des fonctionnaires?

Ils sont dans leur droit le plus élémentaire : chaque homme mérite la rémunération de son travail. Mais le dossier des enseignants comme celui des fonctionnaires devait nous interpeller tous! C’est là la preuve de ce que j’avançais tout à l’heure : la restauration de l’autorité de l’Etat est une des étapes prévues dans l’Accord global et inclusif. Comment peut-on comprendre que pour payer les enseignants, l’Eglise catholique demande la participation des parents qui, eux, sont en majorité des fonctionnaires de l’Etat, et qui sont impayés à leur tour? On s’enferme là dans un cercle vicieux. Et cela démontre que l’Etat a démissionné devant ses responsabilités! Et c’est simplement inacceptable! Voilà des sujets qui devraient préoccuper en priorité la Communauté internationale avant d’attaquer le dossier des élections qui constitue l’aboutissement du processus, et non l’objectif fondamental, comme on veut le faire avaler au peuple congolais. J’estime donc que le dossier des enseignants et des fonctionnaires devrait être soutenu par toute la classe politique congolaise sans exception. Il n’est pas acceptable qu’au moment où le gouvernement congolais décaisse des sommes colossales pour offrir des jeeps aux « députés » et aux « sénateurs » qui sont gracieusement et régulièrement rémunérés, qu’on dise aux pauvres enseignants et fonctionnaires avec un salaire de misère qu’il n’y a pas d’argent pour eux! Il est inacceptable que pour l’exercice budgétaire 2005 en cours, la présidence de la république ait consommé à elle seule un budget de 16. 727.723.019,50 Fc au lieu de 8.844.604.376,15 Fc initialement prévu, et qu’au courant de la même année on dise aux enseignants et aux fonctionnaires qu’il n’y a pas d’argent! Il est temps que nous leaders politiques congolais, nous révisions notre mentalité pour nous préoccuper un tout petit peu du peuple que nous dirigeons.

Vous aussi vous n’aviez pas payé les enseignants sous votre règne!

Je vous exhorte en tant que journaliste et élite de notre pays de cesser ce langage et ce jeu dangereux et nuisible pour notre peuple! Les erreurs des prédécesseurs ne peuvent pas constituer une justification pour les successeurs! Dans ce cas, pourquoi parler de changement et de progrès dans notre pays? Si les « libérateurs » se transforment en dictateurs parce que leurs prédécesseurs ont été dictateurs, alors pourquoi les ont-ils chassés? C’est ainsi que personnellement, je n’ai jamais compris la réaction puérile et ridicule des tombeurs de Mobutu qui, pour se justifier, se réfèrent chaque fois aux erreurs de Mobutu et des siens! Si Mobutu et les mobutistes étaient les modèles, pourquoi les ont-ils chassés du pouvoir? Arrêtons, s’il vous plaît, ce sophisme politique qui pérennise la médiocrité et l’immoralité de la classe politique congolaise. Car, tenir un tel raisonnement équivaut à condamner notre jeunesse à l’inanité et à la médiocrité. C’est comme si nous leur lancions un message subliminal pour les inviter à démissionner de tout effort d’amélioration et du progrès. Nous devons changer et évoluer vers le bien! Sortons de cette médiocrité!

Selon certaines rumeurs, on accuse l’Apareco de manipuler les Bana Congo de Bruxelles pour attaquer les personnalités politiques congolaises de passage à Paris et à Bruxelles. On cite les cas de Vital Kamerhe du Pprd agressé à Paris, et du ministre de la Culture agressé à Bruxelles. Qu’en dites-vous?

Il n’en est rien! C’est du bobard! De la fumée! La vérité est que les gens qui se savent complices des agresseurs et des pilleurs de notre pays tremblent sous leur couverture la nuit, depuis que l’Apareco a fait son apparition sur la scène politique. Tant pis pour eux!

Je vous répète que l’Apareco est une plate-forme et non un parti politique. Et en tant que tel, elle traite avec l’ensemble des partis politiques, des associations, des plates-formes et des personnalités qui partagent les idéaux fondamentaux de son combat patriotique. Mais tous ces membres adhérents et partenaires gardent leur personnalité juridique et leur autonomie d’action en dehors des objectifs et du programme communs arrêtés dans le cadre de notre Alliance. C’est ainsi que l’Association Bana Congo qui a été co-fondatrice de l’Apareco garde toute sa personnalité morale et toute l’autonomie de son action. Quand Kaméré est venu en Europe, l’Apareco en tant que structure politique n’a entrepris aucune action à son égard. Pour ce faire, il aurait fallu l’intervention d’un membre statutaire ou organique de l’Apareco. Or, il n’en a été rien! Il en est de même du cas du ministre de la Culture à Bruxelles. Mais ce que tous ces messieurs devraient savoir, c’est que suite au discours de conscientisation de notre Alliance, les jeunes patriotes congolais ont pris conscience de la supercherie et de la complicité des hommes au pouvoir! Car les patriotes congolais ont maintenant identifié avec clarté le vrai danger qui menace l’existence de leur pays et leur peuple. Et beaucoup d’entre eux sont décidés à en découdre avec les ennemis de leur peuple, y compris leurs complices au sein des institutions du pays. Ce phénomène là est réel! La prise de conscience des Congolais est une réalité, grâce au travail d’information et d’explication que nous avons entrepris auprès du peuple congolais à travers le monde. Si c’est de ça qu’on veut m’accuser, je prends toutes mes responsabilités devant mon peuple et devant l’histoire!

On a fait beaucoup de bruit à Kinshasa au sujet du rejet de l’Apareco par Bana Congo! Est-ce un désaveu de l’Apareco par ses précieux alliés de Bruxelles?

Il faut que je vous dise la vérité à ce sujet. Le combat de l’Apareco, comme je viens de vous le décrire, fait trembler non seulement les hommes au pouvoir à Kinshasa, mais aussi quelques jaloux à Bruxelles. Une petite poignée des jeunes gens de Bana Congo a été piégée par l’appât du gain. Certains parmi ces jeunes gens ont subi durant des jours une très forte pression pour faire une déclaration de défection. J’ai suivi cette action de sabotage minute par minute. Je connais tous les commanditaires et les intermédiaires. Mais malheureusement pour eux, ils n’avaient pas prévu le degré de patriotisme et de résistance du gros poisson de Bana Congo, le très redoutable Henri Muke. Ce dernier a systématiquement repoussé toutes les offres faites de propositions alléchantes. Alors que l’ambassadeur du Congo à Bruxelles était en train de fêter l’enveloppe de sa récompense en provenance de Kinshasa pour « la réussite de sa mission », il a été surpris par la décision de démission de Henri Muke pour protester contre ce geste de trahison de la part de ses camarades et collaborateurs. Et au moment où je vous parle, la base réelle des Bana Congo réunie comme un bloc derrière Henri Muke réserve une surprise de taille à tous ces apprentis sorciers et distributeurs des dollars. La jeunesse patriote congolaise leur démontrera que l’heure où l’on manipulait tout le monde à coups de dollars est largement révolue! Leur tentative n’a été qu’un petit coup d’épée dans l’eau. Ceux qui s’en sont réjoui trop tôt s’en mordront le doigt bientôt!

Les charniers viennent d’être découverts à l’Est de la Rdc. Quelle analyse l’Apareco fait-elle de ces macabres découvertes?

C’est le signe des temps! Les commanditaires de ces massacres ne se seraient jamais douté que dix ans après leurs crimes soigneusement enfouis dans les secrets des profondeurs des terres zaïroises au fond de la vaste forêt tropicale, la main de l’Eternel guiderait un jour des militaires congolais à creuser des puits des latrines juste à cet endroit! C’est là un signe probant que Dieu nous donne pour nous confirmer qu’il n’a pas abandonné son peuple. Et maintenant que Dieu Lui-même vient de ramener à la surface ce crime odieux contre ses enfants, il nous appartient de prendre le relais.

C’est pourquoi j’ai immédiatement déclenché au sein de l’Apareco une grande campagne internationale pour exiger la démission de Joseph Kabila. Maintenant que les preuves matérielles sont là, nous n’allons plus nous arrêter. Cette fois, rien ne nous arrêtera. Car nous sommes décidés à aller jusqu’au bout pour que justice soit faite!

Excusez-moi de vous interrompre. Vous semblez très décidé, mais avez-vous des preuves contre Josph Kabila? Pourquoi seulement lui et pas les autres?

Notre action va porter sur tous les principaux commanditaires dont le président du Rwanda Paul Kagamé, le chef des opérations militaires au Zaïre lors des événements, James Kabarebé. Nous ne parlons pas en l’air, les preuves et les témoignages accablants existent.

Dans un documentaire télévisé que j’ai cité dans mon livre « Crimes organisés », James Kabarebé ne s’en cache pas, il y raconte avec beaucoup de fierté et de satisfaction ses exploits autour du bombardement des camps des réfugiés rwandais de Saké et de Mugunga. Il y reconnaît clairement qu’il avait reçu instruction de Paul Kagamé d’encercler ces camps et d’abattre systématiquement toutes les personnes qui échapperaient aux bombardements et tenteraient de fuir vers les forêts zaïroises.

Mais il n’a pas joué un rôle de premier plan dans ces massacres, je veux dire qu’il n’en a pas personnellement donné l’ordre.

Dans l’affaire du génocide de Kigali en 1994, croyez-vous que tous ceux qu’on a qualifiés de génocidaires et que l’on condamne sont tous des chefs qui ont donné l’ordre? Non! Toute personne qui a participé, de près ou de loin, activement ou passivement par son attitude, est réputée génocidaire. Et en plus, n’oubliez pas qu’il y a eu chez nous deux vagues de génocide : celle qui a eu lieu lors de l’invasion des armées rwandaises et ougandaises en 1996 avec des bombardements et des massacres sauvages autour des camps des réfugiés hutus rwandais, et celle qui a eu lieu au Zaïre entre 1996 et 1998 à travers les forêts tropicales et équatoriales à partir de Goma jusqu’à Mbandaka en passant par Kisangani. C’est dans ces massacres là que nous estimons plus de 2 millions de victimes!

Tenez! Savez-vous pourquoi la commission Amega de l’Onu, chargée de se rendre à Mbandaka pour enquêter sur les massacres, avait été bloquée pendant plus de deux semaines par Laurent Désiré Kabila à Kinshasa dans l’hôtel Intercontinental? Je possède une copie du message de rapport de fin de service que l’équipe des agents en mission à Mbandaka avait envoyé à leur chef.

Nous disposons déjà de plusieurs témoignages accablants que nous gardons pour la suite de nos actions judiciaires et politiques. Après l’arrivée tardive des experts de l’Onu à Mbandaka, un véritable état de siège avait été organisé autour des villageois qui avaient participés à l’opération du vidage des fosses communes, pour les empêcher d’établir un quelconque contact avec les membres de la mission onusienne. Mais toutes ces précautions n’auront servi à rien! Nous ferons éclater la vérité au grand jour!

Ne craignez-vous pas de déstabiliser le processus de transition en cours?

Qu’est-ce qui est dangereux pour notre pays selon vous? Est-ce d’éviter que notre peuple soit dirigé par celui là même qui a massacré plus d’un million de ses enfants, ou de laisser le pouvoir s’établir sur une série de mensonges et de crimes camouflés? Savez-vous que pour moins que ça, la communauté internationale avait mis Mobutu et avec lui, tout un peuple en embargo? Pour de faux massacres de Lubumbashi qui n’ont jamais eu lieu, nous avons vu la Troïka Belgique, France et Etats-Unis remuer le monde entier pour exiger une enquête internationale et pour mettre Mobutu et tout son régime sous embargo politique, diplomatique, économique et militaire! Là, nous avions affaire à un seul étudiant mort lors des incidents entre « camarades » sur le campus de Lubumbashi, tandis qu’ici, nous avons affaire à plus de quatre millions de nos compatriotes tués dans des conditions les plus affreuses par des étrangers qui occupent malheureusement l’espace du pouvoir dans notre pays et empêchent que la vérité explose. Et en plus, il y a des preuves! La main puissante de notre Dieu a sorti de l’ombre une partie de cette vérité pour nous permettre de nous en saisir afin de faire éclater toute la vérité. A nous donc de jouer!

Vous êtes pasteur et président d’un parti politique. Est-ce que la politique ne s’oppose pas à la religion? La vérité et le mensonge peuvent-ils faire bon ménage?

La dernière partie de votre question comporte le fondement même de la confusion qui est à la base de la fausse conflictualité que beaucoup de chrétiens croient percevoir entre l’activité politique d’un chrétien et sa vie de foi chrétienne en Jésus-Christ. La première confusion vient du mauvais concept que les africains, particulièrement les Congolais, se font de la notion même de la politique. Ils associent naïvement et inconsciemment la politique au mensonge, à la tricherie, au vol et à toute forme de malhonnêteté. Cela est dû malheureusement à l’impact négatif de l’image que le peuple a retenue de l’homme politique congolais depuis l’accession de notre pays à l’indépendance. En philosophie, le langage social d’un peuple est considéré comme le reflet de l’imaginaire commun. Ainsi par exemple, le langage populaire des Congolais utilise les mots « politique » et « mensonge » comme des synonymes! Mais cette conception populaire n’est pas conforme à la quintessence même de la politique en tant que réalité sociologique. La politique c’est l’art ou la science de gouverner une cité ou un peuple. Or, si nous regardons bien dans la bible, dès le premier chapitre du premier livre de Genèse aux versets 26 et 27, nous y découvrons que Dieu a créé l’homme et la femme et leur a donné pour mission principale de gérer la terre, donc de la gouverner. C’est cela la mission première de l’homme : dominer, cultiver et fructifier la terre et tout ce qui y habite. Malheureusement, il y a aujourd’hui des chrétiens, et même des serviteurs de Dieu sérieux qui prétendent qu’un chrétien fidèle ne peut pas s’immiscer dans le domaine avilissant de la politique. Je renvoies ceux-là à l’image et au rôle que Christ Lui-même a des chrétiens dans ce monde. Jésus a utilisé pour cela deux métaphores très éloquentes : « vous êtes le sel de la terre », et « vous êtes la lumière du monde ». Voilà la vision que Jésus a des chrétiens : « sel » et « lumière ». Qu’est-ce à dire? Jésus considère le monde dans lequel nous vivons comme un monde sans saveur et plongé dans les ténèbres. Mais il envoie ses chrétiens comme du sel pour apporter la saveur dans ce monde. Comment le sel peut-il alors apporter la saveur à la nourriture s’il n’est pas dissous dans la nourriture? Et comment les chrétiens pourront-ils changer la société humaine s’ils vivent en autarcie vis-à-vis du monde des païens? Comment le sel peut-il protéger la viande contre la corruption s’il n’est pas dissous dans la chair à protéger? Et comment les chrétiens peuvent-ils combattre la corruption de la société s’ils fuient cette société? En fait, qui devrait avoir peur de qui? Le sel devrait-il fuir la corruption ou c’est à celle-ci de fuir l’arrivée du sel dans la viande? Si les chrétiens ont peur de la corruption, c’est qu’ils ont perdu leur qualité de sel qui devrait plutôt combattre et chasser la corruption! Et si le sel perd sa saveur, a dit Jésus, il ne sert plus à rien! Il en est de même pour la lumière. C’est la lumière qui devrait chasser l’obscurité et non l’inverse. Ce sont les enfants du monde vivant dans l’obscurité qui devraient faire place aux enfants de la lumière dès leur arrivée! Car la lumière chasse les ténèbres. Et notre position dans la société est définie par Jésus lorsqu’il dit qu’on n’allume pas une lampe pour la placer sous la table, mais elle doit plutôt être placée sur un endroit élevé pour éclairer tout le monde. C’est un appel sans équivoque au leadership dans le monde! Sans vouloir vexer les non chrétiens, j’affirme haut et fort que selon la foi chrétienne, c’est nous qui sommes appelés à diriger ce monde! Pour moi donc, la politique est un appel de Dieu. Elle est un appel à l’apostolat! Nous leaders politiques chrétiens devrions nous sacrifier, comme du sel qui se consume dans la nourriture (image du renoncement et du don de soi), pour procurer de la saveur (du plaisir, de la joie et du bonheur) aux prochains autour de nous.

Revenons donc à la politique. Au sujet de la tentative du retour des ex-Faz, les autorités politiques à Kinshasa vous accusent d’être à la base de cette initiative parce que vous voulez faire un coup d’état!

Cela ne m’étonne pas d’eux, ce sont des amateurs et des néophytes. Ils ne peuvent pas réfléchir ni réagir autrement. Avez-vous déjà vu un commando qui veut traverser le fleuve pour perpétrer un coup d’état procéder et diffuser des communiqués via les Ong pour annoncer son retour au pays? Il faut être membre du gouvernement 1+4 pour y croire! Quand j’ai réuni les officiers des Faz à Bruxelles en 2004 pour réfléchir avec eux sur la problématique de leur réinsertion au sein d’une armée nationale congolaise, j’ai pris soin de le faire devant les cameras et d’en faire diffuser les images pour justement rassurer ces messieurs du gouvernement sur la sincérité et la limpidité de ma démarche, mais j’ai recueilli exactement le résultat inverse. Ce fut le branle-bas de combat que j’ai provoqué! Ces messieurs à Kinshasa n’ont aucune préoccupation de l’avenir de notre pays, seul leur maintien au pouvoir compte. Et même là, s’ils veulent se maintenir au pouvoir longtemps, ils devraient au moins songer à mettre sur pied les instruments de la stabilité d’un pouvoir. Et s’ils pouvaient gratter un peu leur méninge, ils auraient découvert que la constitution d’une armée nationale est l’une des conditions exigées pour la stabilité d’un pouvoir. Les ex-Faz sont là en face d’eux depuis des années, pourquoi ne font-ils aucun effort pour aller les chercher pour les intégrer dans l’armée nationale dont notre pays a besoin? Si ces ex Faz sont amortis, alors de quoi ont-ils peur? Mais je trouve que c’est une injure à mon expérience que de mêler mon nom à un mouvement de tête de quelques militaires qui crient leur ras le bol parce qu’ils veulent attirer l’attention du gouvernement de leur pays sur leur triste sort! Car c’est cela la triste réalité. A moins que les membres du gouvernement trouvent là un sujet pour distraire le peuple congolais des vrais problèmes de sa misère.

Propos recueillis par Freddy Mulumba Kabuayi (Le Potentiel)

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